"On ne voit que ce que l'on regarde, et l'on ne regarde que ce que l'on a dans l'esprit" ; "C'est dans l'extraordinaire que je me sens le plus naturel" André Gide
"quelle est donc cette singulière existence, qui vient au jour dans ce qui se dit, - et nulle part ailleurs ?" Michel Foucault, L'Archéologie du savoir p. 40
A.Dujardin (*),"Estampes mythologiques des Celtes, Gallo-Romains et Francs pantomimées hydrographiquement par les Religieux de Saint-Maur-Les-Fossés (**) et réformées par les Bénédictins de Maurigny, traduites par A. Dujardin, Membre de la commission des Antiquités et des Arts de Seine-et-Oise et du Musée d'Étampes" (Etampes, L. Humbert-Droz, imprimeur-éditeur, 1904).
A.Dujardin (*),"Estampes mythologiques des Celtes, Gallo-Romains et Francs pantomimées hydrographiquement par les Religieux de Saint-Maur-Les-Fossés (**) et réformées par les Bénédictins de Maurigny, traduites par A. Dujardin, Membre de la commission des Antiquités et des Arts de Seine-et-Oise et du Musée d'Étampes" (Etampes, L. Humbert-Droz, imprimeur-éditeur, 1904).
(*: également l'auteur entre autres de deux monographies :"Rudimens de la scolastique gallo-romane apprise en suivant le cours des Aubettes, rivières de Meulan et de Magny-en-Vexin" (Étampes, M. Dormann, 1909); et : "Le Passé religieux de l'Isle de France connu par le symbolisme et la toponomastie les estampes servant à la démonstration" (Etampes, M. Dormann, 1910 - ouvrage que j'avais consulté autrefois à la bibliothèque de l' Arsenal et que j'ai retrouvé il y a quelques années en ligne à la Bnf ; j' en ai ainsi obtenu une copie - à un tarif d'ailleurs exorbitant ...)
(**: à Saint-Maur-des-Fossés, dans la boucle de la Marne, il y avait une abbaye dont ne subsistent que quelques ruines, la tour Rabelais, etc. - tout fonctionne à plusieurs niveaux dans ce livre ; pour les "Mores", "religion des Morts", "Morigny"-, "la règle de Saint-Maur",...- et en réseau, par exemple sur le site : 'La France pittoresque', "Picardie", "Histoire du département de la Somme", on lit : "Les Romains trouvèrent ce territoire occupé par de nombreuses tribus dont ils nous ont transmis les noms ; c'étaient, au nord, les Morini").
. Des Estampes ..."traduites" ?
Le texte de cet ouvrage pourrait-il n'être que la 'traduction', adaptation et exploitation d'un manuscrit écrit en … latin, ou en quelque autre hypothétique et mystérieux idiome, éventuellement crypté ? - Bien évidemment (si tant est que qu'il se trouve quoi que ce soit d'évident dans les ouvrages de Dujardin ...), le terme ne peut-être que métaphorique, disons ' imagé ', pour tout de suite se mettre dans la note.
Mais d'abord, savons-nous ce que l'auteur entend par «Estampes mythologiques» et par «pantomimées hydrographiquement» ?
A mon sens, "traduites" renvoie à la signification mystique des emblèmes, hiéroglyphes, allégories, images symboliques de l'alchimie, souvent donnés dans les ouvrages d'hermétisme comme "traduits" c'est-à-dire expliqués et commentés ; la "vérité étant "cachée", il faut la mettre à jour (voir par exemple Umberto Eco, "La Recherche de la langue parfaite"; Jean Seznec, "La Survivance des Dieux antiques"; Baltrusaitis, "Le Moyen Age fantastique").
Ansi, Dujardin "traduit" les "Estampes", d'abord "pantomimées hydrographiquement", sorte d'exégèse et d'herméneutique par quoi il s'agit de déchiffrer des "énigmes" et, par là, de "lire" le Pagus stampensis, 'pays d' Étampes', dans ses noms qui montrent son histoire. (on pourrait penser aux "quatre sens de l' écriture ... littéral, allégorique, tropologique, et anagogique (dans la tradition chrétienne)"; Roland Barthes a écrit à ce sujet un texte intitulé "Comment parler à Dieu ?").
Alors il faut le prendre "au pied de la lettre", par exemple quand il écrit (p. 6): "Toutes les images pantomimées ... figurent ...", et (p.9) : "Ce que nous appelons religions pantomimées hydographiquement, a le pagus stampensis pour théatre, où tout se trouve imagé, estampé sur la terre par ses monts, ses vallées, ses rivières auxquels des noms attributifs sont donnés. Les acteurs sont fournis par les saints, (...) chapelles, croix, fontaines etc. Les emplois qu'ils remplissent sont indiqués dans les actes de leur vie"(...); "Si l'eau est fugitive, elle laisse des traces qui parlent aux sens."
Un des termes les plus intéressants est en effet ce "pantomimés"; - je n'en dirais rien ici (ce qui est juste une prétérition puisque je papillonne autour de ce terme !), chaque chose en son temps, c'est multi-directionnel (Dujardin, lui, annonce quand même "sa" couleur (p. 9): "... le pagus stampensis a pour théatre ...", etc. ; "Les pièces de comédies se comptent par milliers ... mais le fond est invariablement le même" (p. 26) ; - et le "vau-de-ville", bien sûr ; il donne ici et là, au détour d'une considération dense, l'impression d'une certaine ironie, d'un certain recul, non qu'il ne prenne son discours au sérieux, mais sans être entièrement dans la naïveté ou le délire qu'on lui attribue. Voir par exemple, au terme du "Cave librum" inaugural, "... cet imbroglio ... comme Étampes, il n'a ni queue ni tête." (p. 12)
. Une "histoire mimée" :
"La ville d'Etampes (... et Morigny) groupe six monuments du XIIè siècle. A ceux-ci s'ajoutent des annexes construites au XVIè siècle et une crypte à chapiteaux grossièrement sculptés bien antérieure au IXè siècle. (...). Lorsque l'on voudra en approfondir l'étude, ces grimacières, ces formes chimériques comparées entre elles, répétées sur des monuments consacrés à tels saints ou associés à des animaux symboliques, ces grimacières, dis-je, parleront, car elles font de l'histoire mimée."(et p. 21: "(...) les dénominations territoriales, ainsi que les noms des seigneurs du lieu, leur titre, leur armorial ont été donnés pour répondre à un enseignement à perpétuer. L'action, la partie animée est fournie par l'eau d'une façon apparente ou cachée." ; - mais (p.11): "Ce qui n'a pu être rendu par les images naturelles de la terre, y fut suppléé par les chartes, les fondations, les réformes faites par les rois de droit divin.")
. "L'on doit s' instruire réciproquement" ; "ce livre est celui de l' ANnE enseignant."(sic)
Il dit déjà beaucoup dans ce jeu typographique, de son intention et de sa démarche d'étude. J'aurais pu même même glisser une référence à l'"âne" de Sancho, retrouvant pour l'occasion mon ancien mémoire sur "Le langage poétique dans Don Quichotte de Cervantès"...- mais, dans les années 70, étudiant à Vincennes de surcroît, j'étais plus préoccupé de me barder de Jakobson, Benveniste, Foucault, Barthes, Derrida, Sollers, Lacan, Deleuze, Francastel, tous et d'autres trop récemment et rapidement découverts pour bien tenir la bride abattue même à un âne, d'autant plus que j'en étais un autre ...
Mais finalement, depuis Apulée, parler d'âne, c'est parler d'or, la preuve, mine de rien (de ne rien voir...) : "Au lecteur, (...) les personnes auxquelles nous nous sommes adressées ayant répondu par un non possumus (...)"; et ce livre est une vraie mine d'or, il serait temps de lui rendre "justesse" (car justice n'aurait guère de sens), apparemment abandonné après être tombé des mains de ses rares lecteurs, enfin, à mon avis pas tout à fait de tous ; bien que Dujardin fasse état du refus de réception de ses Estampes mythologiques, ainsi qu'ultérieurement
d'une communication prévue à Etampes dans le cadre d'une conférence sur "Le Rôle des Hôpitaux, Maladreries, Maisons du temple, Gîtes royaux dans l'Estampois"(*), je le cite :"... aussi fut-elle frappé d'excommunication ayant donné son veto à ce qu'elle parût dans le livre du compte-rendu de la conférence de 1908. Et ici, M.L.-Eug. Lefèvre, méconnaissant les devoirs qui incombent à un secrétaire impartial négligea de signaler la lecture du mémoire ou la cause de son exclusion (...)"; "Cette révélation inattendue des moeurs religieuses d'antan a subi la censure d'un comité de vigilance frappé de la cataracte." - en passant, irrévérence bien légitime et réaction d'humeur justifiée ou pas, voilà un joli trait de plume, bien acéré, ceux qui l'ont reçu n'allaient quand même pas le remercier en complimentant son style, d'ailleurs trop riche en images pour leur sens étroitement rigoureux de l'observation historicienne ...
(* : publiée en 1910, toujours à Etampes chez Maurice Dormann, à la suite de "Le Passé religieux de l' Isle de France ...")
Mais alors, que faire d'un tel livre ? Quelle en est "au juste" la matière ? Et comment faut-il le lire ? (: les lire, puisque l'autre, "Le Passé religieux...", est de la même teneur, sans compter ses autres publications aux titres pittoresques que je ne cite pas ici, de toute façon, celles-là, pour les trouver ...).
. L'exergue de couverture ... :
... semble donc être une sorte de précepte à clef (*) : "livre ... de l' ANnE (sic) enseignant".
(* : l'ouvrage s'en veut l'éclaircissement et l'illustration, ici par exemple : "En suivant le cours de l' École, on a eu une leçon du livre de Sainte Anne ...").
. Un "Avis essentiel" préliminaire :
Dujardin y situe son propos ; il s'agira de "légendes religieuses imagées le long d'un cours d'eau", suivant "l'enseignement de l' Ecole", rivière étampoise, jalonnée de ses villages de Seine-et-Marne et d' Essonne, Soisy-sur-Ecole, Noisy-sur-Ecole, Oncy-sur-École, Moigny-sur-École, Saint-Germain-sur-École, Saint-Sauveur-sur-École.
C'est dire l'importance tenue dans la perspective adoptée par l'onomastique en général, mais plus singulièrement par la toponymie, tant par son abondance que son caractère déterminant. Le domaine (au sens à la fois d'objet d'étude et de "terrain" exploré) auquel Dujardin affirme avoir consacré plusieurs dizaines d'années est le "Pagus stampensis", région d'Étampes donc, selon la formule canonique des historiens locaux, et qu'il déclare avoir arpenté sans relâche, observant lieux, lieux-dits, édifices, monuments, constructions et vestiges, tous sites corrélativement aux cours d'eau, les rivières (*) servant de "fil conducteur", de guide (:"Procédons par ordre en prenant l'eau pour guide.") et d'instructeur ; - le fait que l'une d'elles ait pour nom "l' Ecole" en dit assez long dans cet ordre d'idées (: "... c'est à l' Ecole où l'on apprend à lire les images estampées du pagus stampensis").
Ce fil conducteur, suivi sur le terrain et à travers les noms qui le ponctuent, est la reconstitution d' un mouvement disons d'"histoire de civilisation", qui n'est peut-être qu'élucubration hautement hypothétique du passage des "anciens cultes", païens, pré-chrétiens, à la "nouvelle religion", celle du christianisme proprement dit. Ce passage, il en rencontre en chemin les éléments, les indices et les signes, constituant et "dessinant" le paysage étampois, ils le montrent et l'"enseignent" -: une clef de sa pensée - dans les dénominations mêmes.
Ce fil conducteur, suivi sur le terrain et à travers les noms qui le ponctuent, est la reconstitution d' un mouvement disons d'"histoire de civilisation", qui n'est peut-être qu'élucubration hautement hypothétique du passage des "anciens cultes", païens, pré-chrétiens, à la "nouvelle religion", celle du christianisme proprement dit. Ce passage, il en rencontre en chemin les éléments, les indices et les signes, constituant et "dessinant" le paysage étampois, ils le montrent et l'"enseignent" -: une clef de sa pensée - dans les dénominations mêmes.
(* : les rivières : par exemple, à propos de ce qu'il nomme des "sènes", il écrit (p. 73) : "La rivière de Voise va montrer la religion gothique des sènes, vierges suivant la règle du peuple des forêts femmes poissons allant dans l'eau pour frayer. Ces sènes sont des filles d' hévah qui comme les enfants du loup, ont la galle aux dents."; "sènes", Sirènes, sans doute (voir p. 52, "... femmes-poissons moitié hors de l'eau (...), femmes et poissons donc, rapport avec l'eau, les rivières (on est toujours à l' "Ecole", cf. p. 6, "la rivière de l' Ecole montrera le Gatinais (sic - /"Gâtinais", "Vastinensis pagus", marécageux mais pas si stérile...) à l'époque du défrichement des forêts, c'est le culte de la vierge de maison royale cherchant à frayer dans l'eau avec le poisson, règle de Saint Pierre le pêcheur." (p. 6) ; et encore pour la Voise, p. 6, "... religion des eaux et forêts où le caducée avec ses deux attributs sert de guide." - Le caducée, avec ses deux serpents noués, "... deux rivières" ; et "la femelle et la queue d' Hévah du serpent" (p. 28), "Hévah, est le serpent biblique rampant sur le monde ..." (p. 8 - on pense alors à la légende de Mélusine, toujours pas en faillite ...) ; mais à voir aussi, un certain ''serpent ailé" ...
. L' exposé est émaillé de citations :
- vie des saints, mémoires, annales, ouvrages historiques, descriptions monumentales et lapidaires, etc.), d'allusions aux anciens cultes et aux croyances traditionnelles, de références mythologiques, religieuses, hermétiques, d'usages lexicaux anciens, de dictons et proverbes (voir plus loin), souvent énigmatiques mais aussi fascinants et souvent savoureux, par exemple : "A la Saint Denis, Adieu les belles filles"; des adages toponymiques tels : "Boissy-aux-Cailles / Merlenval-au-diable / Mainbervilliers-les-sorciers"; "Saint Mamers, saint Pancrace, Saint Servais, saints de glace" (et voir infra).
Ses étymologies, que l'on ne peut éviter de qualifier d'abracadabrantes (sauf à les saisir, ce qu'il faut, dans l'ensemble du discours), sont parfois tout à fait savoureuses, ainsi : "Santeuil (.. le Jean Santeuil de Proust a été rédigé - mais non connu - entre 1896 et 1899, jolie coïncidence !) est représenté par son église, située sur une hauteur que fait ressortir une coulée qui passe au bas dite Le Monigal ; gal (!...) est ici l'équivalent de val, gal à regarder par le galant et à larder en galardon ; gal d'une moniale, fille de monastère." - ou : "Manchainville représente une queue à emmancher le balai." - Comment ou 'no comment' ?!... Je choisis de commenter, enfin de m'y risquer, je ne crains pas d'ailleurs qu'il me désapprouverait, pour une fois qu'il fait un adepte, sans le prendre ironiquement et du bout des pincettes !
Il s'agit ainsi d'un parcours savant à sa manière, très peu orthodoxe, dans lequel "le langage" a un rôle majeur. Plus que lexique onomastique, qu'un répertoire de toponymes diversement et étonnement interprétés, on se risquerait à une analogie avec l'invention de langues explorée par Marina Yaguello, jusqu'à y voir la "mise en langue" d'un paysage-histoire, offrant la tentation de le considérer comme une fiction narrative, approche qui permettrait de surmonter l'apparent paradoxe d'une double nature du texte, d'une part connaissance concrète et très bien documentée de cette région, ce qui est recevable (les rares commentaires passés et présents en témoignent), par ailleurs égarement culturel et langagier (l' "Histoire", "les noms"), ce qui ne l'est plus depuis que je m'en occupe tant soit peu ...
Ainsi, la question est bien : 'que faire d'un tel livre ?' ; - soit l'écarter radicalement (ce qui est de fait sa situation) au titre d'une divagation si l'on se place du point de vue du domaine où il prétend lui-même intervenir, disons "l'histoire culturelle"; - soit, pas mieux, lui faire une place parmi les "fous du langage", en ajoutant "folie historiographique" ou autre complaisance ....
... options peu satisfaisantes, du fait que les "Estampes mythologiques", de pair avec ses autres publications, constituent un ensemble finalement indissociable dont l'approche me paraît dès lors ne pouvoir être que globale et transversale, "comparative"(voir Marcel Détienne, Comparer l'incomparable), sous peine de "manquer" l'ouvrage, d'ignorer sa spécificité, son caractère tout-à-fait particulier, "extra-ordinaire", une exception parmi ce qui peut se lire de "hors-normes", tant du côté d'une historiographie problématique que de celui de propositions "langagières" fantaisistes ; une sorte d' "ovni littéraire"qu'on ne peut légitimement classer dans une catégorie identifiable. Mais, plutôt que de me contenter de ce genre de poncif ignorant et évacuateur, je préfère tabler sur l'idée que, comme pour la poésie, "son historicité est de travailler à sa narrativité propre."(Henri Meschonnic, voir infra, "Pistes d'investigation").
... options peu satisfaisantes, du fait que les "Estampes mythologiques", de pair avec ses autres publications, constituent un ensemble finalement indissociable dont l'approche me paraît dès lors ne pouvoir être que globale et transversale, "comparative"(voir Marcel Détienne, Comparer l'incomparable), sous peine de "manquer" l'ouvrage, d'ignorer sa spécificité, son caractère tout-à-fait particulier, "extra-ordinaire", une exception parmi ce qui peut se lire de "hors-normes", tant du côté d'une historiographie problématique que de celui de propositions "langagières" fantaisistes ; une sorte d' "ovni littéraire"qu'on ne peut légitimement classer dans une catégorie identifiable. Mais, plutôt que de me contenter de ce genre de poncif ignorant et évacuateur, je préfère tabler sur l'idée que, comme pour la poésie, "son historicité est de travailler à sa narrativité propre."(Henri Meschonnic, voir infra, "Pistes d'investigation").
. Deux "Dujardin"... ?
l'un, arpenteur opiniâtre et irremplaçable connaisseur du "Pagus stampensis", l'autre saltimbanque gesticulatoire d'une onomastique canulardesque (**)... l'une et l'autre postures assignées par d'expéditifs commentateurs dont la compétence parfaitement respectable est assurée mais réservée à leur domaine canoniquement circonscrit. On ne le leur reprochera pas, l'intérêt et la grande qualité de leurs travaux n'est pas en question, seulement leur négligence dédaigneuse envers ce qu'ils excluent par volonté délibérée de ne pas "comprendre", à la fois au sens du refus d'une l'intellection et d'une intégration, de "prendre avec", ne pas s'occuper de 'ça' (: voir le Corpus étampois, "A. Dujardin (érudit local étampois, qui paraît avoir été atteint de troubles mentaux altérant ses facultés interprétatives, mais dont la lecture livre parfois des renseignements qu'on ne trouve pas ailleurs)" - ils ne peuvent pas et ne veulent pas faire mieux, préfèrent leur "historicisme" à l' "historicité" (distinction radicale opérée par Henri Meschonnic, que je prends pour référence majeure, de même que sa notion de "discours") ; chacun reste dans son pré-carré, déjà suffisamment riche et laborieux).
(**: cf plus loin, à propos des "canulars basiques", l' 'Art du contrepet' depuis Rabelais).
L'invention onomastique, la toponymie "erratique", concernant un ouvrage d'histoire régionale où l'auteur, dans un ensemble sérieux, introduit d'improbables interprétations des noms de lieux, entre autres. Et je cherche à qualifier cette tendance, "délire verbal" étant inapproprié, l'auteur justifiant ses propositions dans le cadre d'une "crypto-histoire", en marge dans l'histoire "officielle", peu vérifiable mais très documentée par une grande connaissance du "terrain", de ses anciennes traditions, juxtaposition qui le rend énigmatique mais difficile à "évacuer" d'emblée. On n'est ni dans la fabulation ésotérique, ni dans le délire étymologique, ni dans la "folie du langage", ni dans la pseudo-histoire à sensations. Cela ne ressemble à rien de ce que je connais. Peut-être un cas très particulier de schizophrénie historico-linguistique ; effectivement, Dujardin n'est lui-même pas exempt d'un choix d'écriture voué à l' échec, il aurait mieux fait de s'orienter vers une fiction déclarée, ce qui lui aurait permis d'embrasser (et de brasser) l'ensemble de ses données dans un "imaginaire" complet auquel on n'aurait pu adresser les mêmes reproches, cela n'aurait gêné personne, avec le charme d'histoires purement fictives, un agréable délassement après les fatigues de recherches vraiment sérieuses ... Balzac aurait très bien réussi une telle fusion de l'historique dans le narratif réaliste ou fantastique, et sans 'noyer le poisson' encore ; des critiques réputés (Georg Lukàcs, Balzac et le réalisme français) ont trouvé "Les Paysans" supérieur à "La Terre" de Zola.
Mais, avec l'obstination de qui ne se satisfait des catégories établies par d'autres, parce qu'une véritable recherche consiste à aller jusqu'au bout d'une interrogation, sans savoir à l'avance quels en seront les résultats, continuons donc à cultiver "notre" Dujardin ...
. ... 'Dujardin'/'jardin' ?
- Oui, possible, d'autant plus avec "Pagus Stampensis", le pays étampois ; il serait intéressant de trouver au sujet de l'auteur des références biographiques (rien vu à ce sujet sur 'Corpus étampois', à part qu'il était éventuellement un peu dérangé).
Entre autres, quel est le prénom correspondant à ce "A.-" ? Il "joue" peut-être un jeu, mais lequel ? (..."Les Jardies, J'ardir, faire l'amour" (p. 22 - je cite plus loin le contexte**), un indice ...? - ' Ardir ', Latin ardere - ... on brûle !). Il y a trop d'implications, de tours et de détours possibles dans son discours, d'où les multiples possibilités de l'aborder, ce qui en fait la complexité, l'intérêt, le charme ; car il apparaît incontournable, sinon incontestable, du fait qu'à part le problème de son onomastique/toponymie acrobatique (là où on penserait non seulement à d'éventuels "cryptages" - pas du tout d'ailleurs dans l'esprit "ésotérique" disons habituel de la littérature spiritualiste traditionnelle - courants allégoriques, hermétiques, alchimiques, de l'Antiquité ancienne et tardive, de l'époque Renaissance, genre Paracelse, sans compter les orientations kabbalistiques et autres - mais aussi à des jeux de langage qui ont leur histoire dans les rébus - p. 21, "je suis arrivé à trouver la clé du rébus" ; p. 322, "ROUINVILLE-SOUS-DOURDAN, par le rebus de ses coteaux, vient de montrer ce qu'il advint de la partie inférieure de D' Or dam, autrefois capitale. (...), les cryptogrammes, etc.), - à part ça, donc, la charpente discursive de ses analyses est tout à fait rationnelle, pas du tout délirante, analogue à celle des ouvrages d' "histoire régionale" habituels.
En effet se dessine, mais pour l'essentiel verbalement, un "Pagus" qui nous laisse comme le regard penché sur une de ces anciennes cartes où l'odonymie, l'hydronymie, l'oronymie apparaissaient, tracés approximatifs selon nos normes modernes, et légendés (: "légende", ce qui est donné à lire - cf.p.15 : "... transmettant ... la légende imagée"), mêlées d'improbables chimères.
(**: "Les mots dans lesquels se rencontrent la consonance ar comportent l'idée d'ascension ; l' aar est la queue qui monte, se redresse ; l'arbre pousse sa tige. Les coteaux boisés sont dits ardents (ardere, brûler et désirer ardemment) ; nous trouvons Ardennais à Itteville, ardenet à Maisse, Ardenelle à Estréchy, ardennes à Saint-Hilaire. Les Ardennes passaient pour être habitées par la déesse au croissant, Diane. D' Ardenet, e prononcé i a été tiré le mot jardinet. Notre-Dame du Jardinet ou de l'Annonciation fêtée à Pasques fleuries. Les Jardies, j' ardir faire l' amour.")
Et, je n'y résiste pas malgré une longue citation en un nécessaire contexte pourtant toujours partiel, cette extra-ordinaire et absolument irrésistible analyse commentée de "Quinqu'empoix" (je ne connaissais précédemment sous ce nom que que la célèbre rue du quartier des Halles à Paris *) :
(Estampes, p. 187:) "Le V quint qui empoie" ; (p. 204 :)"Le Thibauld, qui a la beauté du diable, il blas-femme (sic), procure un roi. Dans le haut moyen-âge, la punition des ribaux était la mise au blasme, au carcan, c'est ce que faisait le SEIGNEUR DE SAINT-CYR, seigneur également de la THIBAUDERIE, où il y avait une vieille tour ruinée, le CARCAN, lequel seigneur joignait à ses titres celui de QUINQU' EMPOIX) coin, dard qui empoise." (p. 418:) "(...) le V quin, qui empoix" ; (p. 479:) "Dans la roue de ROUINVILLIER, à côté d' EZRVILLE, est QUINQU' EMPOIX, ce qui empoix est le chinq le coin V (ici, note 2 que je passe), on y trouve LES FIEFS et une chapelle de la MAGDELEINE (détruite) (note 3, je passe aussi), fiefs qui indiquent qu'il y a eu un engagement de contracté. BOIS CHAMBAULD est où l'on est couvert, champ représente la femme, touche ici à QUINQU' EMPOIX, d'une part, et d'une autre au BOIS FEUILLÉ où l'on ne doit pas aller quand on a peur des feuilles ; bois vert où les feuilles sont vues à l'envers (note 4) (...) "Le nom, les armoiries et lieux dits ci-dessus sont parlant et se rapportent aux filles de l'abbaye de la Joie qui par QUINQU' EMPOIX et BOIS CHAMBAULD ont de l'eau d'Abbeville, cette paroisse venant jusqu'à ROINVILLIER."
(* la rue Quincampoix, une longue histoire jalonnée par la banque de Law et quelques hôtels de passe popularisés par des films et des romans ; voir pour d'autres étymologies de 'Quinquampoix'/'Quinquampoix', Ernest Nègre, Les Noms de lieux en France, et Éric Vial, Les Noms de villes et de villages ; Longnon donne (... apportant ainsi de l'eau à notre moulin) : " L'ancien français employait parfois impersonnellement le verbe peser, au sens de « causer du chagrin, de la douleur, de l'inquiétude ; être désagréable » [...] La vieille locution cui qu'en poist, qui signifie littéralement «à quelque personne qu'il en pèse, quelque personne que cela peine », a laissé de nombreuses traces dans la topomastique ; elle a toujours commencé par désigner un moulin qui, établi sur un cours d'eau en amont d'un moulin préexistant, était de nature à causer de l'humeur au propriétaire de celui-ci en le rendant, au point de vue de l'eau motrice, tributaire du nouveau moulin ; autour de ce dernier, une agglomération plus ou moins importante a pu, dans la suite des temps, se former et même prendre le rang de paroisse, de commune. [Les diverses agglomérations nommées Quincampoix, Quinquempoix et autres] sont des formes altérées de cette locution qu'on avait cessé de comprendre. – La célèbre rue Quincampoix, à Paris [...] n'a lieu d'être mentionnée ici que pour un motif indirect, car elle évoque le souvenir, non pas de quelque moulin établi dans ces conditions, mais d'un particulier, Adam de Quincampoix." (Les noms de lieux de la France, leur origine, leur signification, leur transformation. Résumé des conférences données à l'École Pratique des Hautes Études de 1889 à 1891. Réédition de 1968. Librairie Honoré Champion, Paris. § 2543)
" Il ne faut pas renvoyer le discours à la lointaine présence de l'origine ; il faut le traiter dans le jeu de son instance ." Michel Foucault, L' Archéologie du savoir, Gallimard Bibliothèque des sciences humaines, p. 37)
. Il me vient ainsi que :
(**: "Les mots dans lesquels se rencontrent la consonance ar comportent l'idée d'ascension ; l' aar est la queue qui monte, se redresse ; l'arbre pousse sa tige. Les coteaux boisés sont dits ardents (ardere, brûler et désirer ardemment) ; nous trouvons Ardennais à Itteville, ardenet à Maisse, Ardenelle à Estréchy, ardennes à Saint-Hilaire. Les Ardennes passaient pour être habitées par la déesse au croissant, Diane. D' Ardenet, e prononcé i a été tiré le mot jardinet. Notre-Dame du Jardinet ou de l'Annonciation fêtée à Pasques fleuries. Les Jardies, j' ardir faire l' amour.")
Et, je n'y résiste pas malgré une longue citation en un nécessaire contexte pourtant toujours partiel, cette extra-ordinaire et absolument irrésistible analyse commentée de "Quinqu'empoix" (je ne connaissais précédemment sous ce nom que que la célèbre rue du quartier des Halles à Paris *) :
(Estampes, p. 187:) "Le V quint qui empoie" ; (p. 204 :)"Le Thibauld, qui a la beauté du diable, il blas-femme (sic), procure un roi. Dans le haut moyen-âge, la punition des ribaux était la mise au blasme, au carcan, c'est ce que faisait le SEIGNEUR DE SAINT-CYR, seigneur également de la THIBAUDERIE, où il y avait une vieille tour ruinée, le CARCAN, lequel seigneur joignait à ses titres celui de QUINQU' EMPOIX) coin, dard qui empoise." (p. 418:) "(...) le V quin, qui empoix" ; (p. 479:) "Dans la roue de ROUINVILLIER, à côté d' EZRVILLE, est QUINQU' EMPOIX, ce qui empoix est le chinq le coin V (ici, note 2 que je passe), on y trouve LES FIEFS et une chapelle de la MAGDELEINE (détruite) (note 3, je passe aussi), fiefs qui indiquent qu'il y a eu un engagement de contracté. BOIS CHAMBAULD est où l'on est couvert, champ représente la femme, touche ici à QUINQU' EMPOIX, d'une part, et d'une autre au BOIS FEUILLÉ où l'on ne doit pas aller quand on a peur des feuilles ; bois vert où les feuilles sont vues à l'envers (note 4) (...) "Le nom, les armoiries et lieux dits ci-dessus sont parlant et se rapportent aux filles de l'abbaye de la Joie qui par QUINQU' EMPOIX et BOIS CHAMBAULD ont de l'eau d'Abbeville, cette paroisse venant jusqu'à ROINVILLIER."
(* la rue Quincampoix, une longue histoire jalonnée par la banque de Law et quelques hôtels de passe popularisés par des films et des romans ; voir pour d'autres étymologies de 'Quinquampoix'/'Quinquampoix', Ernest Nègre, Les Noms de lieux en France, et Éric Vial, Les Noms de villes et de villages ; Longnon donne (... apportant ainsi de l'eau à notre moulin) : " L'ancien français employait parfois impersonnellement le verbe peser, au sens de « causer du chagrin, de la douleur, de l'inquiétude ; être désagréable » [...] La vieille locution cui qu'en poist, qui signifie littéralement «à quelque personne qu'il en pèse, quelque personne que cela peine », a laissé de nombreuses traces dans la topomastique ; elle a toujours commencé par désigner un moulin qui, établi sur un cours d'eau en amont d'un moulin préexistant, était de nature à causer de l'humeur au propriétaire de celui-ci en le rendant, au point de vue de l'eau motrice, tributaire du nouveau moulin ; autour de ce dernier, une agglomération plus ou moins importante a pu, dans la suite des temps, se former et même prendre le rang de paroisse, de commune. [Les diverses agglomérations nommées Quincampoix, Quinquempoix et autres] sont des formes altérées de cette locution qu'on avait cessé de comprendre. – La célèbre rue Quincampoix, à Paris [...] n'a lieu d'être mentionnée ici que pour un motif indirect, car elle évoque le souvenir, non pas de quelque moulin établi dans ces conditions, mais d'un particulier, Adam de Quincampoix." (Les noms de lieux de la France, leur origine, leur signification, leur transformation. Résumé des conférences données à l'École Pratique des Hautes Études de 1889 à 1891. Réédition de 1968. Librairie Honoré Champion, Paris. § 2543)
" Il ne faut pas renvoyer le discours à la lointaine présence de l'origine ; il faut le traiter dans le jeu de son instance ." Michel Foucault, L' Archéologie du savoir, Gallimard Bibliothèque des sciences humaines, p. 37)
. Il me vient ainsi que :
- Il ne s'agit ni d'un itinéraire géographique, d'une pure topographie (en dépit des, p. 22 :"... plus de six mille kilomètres à pied dans le baillage") ; ni, à l'opposé, d'un itinéraire "initiatique" ou "ésotérique" (il se défend de tout parti-pris spiritualiste) ;
- on n'est ni dans l' Hermétisme, "fantasmagorique" ni dans la pure Histoire, "réaliste" ; on ne sombre pas dans "les énigmes-du-passé-enfin-dévoilées", style Gisors/Rennes-le-Château ; pas non plus dans Fulcanelli ; j'allais dire, "encore faudrait-il savoir à quoi s'en tenir avec Fulcanelli (ou, pourquoi pas, René Guénon !)" ; mais alors, je serais mal embarqué, compte-tenu du fait que la perspective que j'essaie de tenir est celle justement d'un "comment lire ..." cela ?
Vous me direz, bon, allez-y, donnez un peu vos "clefs de lecture" ! - Je réponds 'Work in progress', par monts-et-par-vaux, 'au diable-vauvert' (... "C'était un jeu de diable au vert", p. 192) sinon à vau-l'eau, en passant par Chamarande, pour, je le souhaiterais, davantage que clin d' oeil et reconnaissance à Dujardin, et il porte bien son nom, de pagus à jardin, il a franchi les pas ...
Alors, le "saisir", autant qu'il est possible compte-tenu de sa résistance à l'analyse, d'un point de vue "moniste", dans la perspective du "discours" selon Benveniste et tel que l'entend Henri Meschonnic.
Pour être malgré tout un peu plus explicite, je peux montrer une partie des éléments bibliographiques qui m'aident à essayer de définir mon effort de perspective, ils surprendront peut-être.
A mon sens, cet ouvrage et son auteur sortent de l'ordinaire, et je ne suis pas sûr que l'on puisse aisément en faire s'exprimer toute la substance, tant l'attesté (: le discours général rationnel et pertinent) et l'improbable (: l'onomastique, les analyses de toponymes qui laissent souvent pantois ... "Comme en revenant de Pontoise", pour entrer dans le jeu - son jeu ? -, en jonglant sur un autre de ses intitulés), sont indémêlables ; et c'est pourtant là que réside justement l'enjeu essentiel du discours, la réponse à la question, "de quoi parle-t-il et que dit-il en exposant tout cela comme cela ?"; - ou bien s'agirait-il "seulement" d'une vision aberrante, ce que montrerait le traitement des termes, en "fou du langage" ; - ou alors, "il y a quelque chose là-dessous", mais d'assurément difficile à mettre au jour, parce qu'après tout, comment tout ce qu'il développe aurait-il été rendu possible ? ; - ou plutôt, et c'est à la fois, à mon avis, le plus juste mais qui risque d'être frustrant si l'on manque d'un véritable sens de l'analyse, il faut une bonne 'théorie du discours' pour l'aborder, et là je ne peux à nouveau que prendre appui sur Meschonnic, pas seulement parce j'ai été son étudiant et que sa pensée me guide depuis, mais parce que je n'ai jamais trouvé mieux, et j'ai cherché.
A mon sens, cet ouvrage et son auteur sortent de l'ordinaire, et je ne suis pas sûr que l'on puisse aisément en faire s'exprimer toute la substance, tant l'attesté (: le discours général rationnel et pertinent) et l'improbable (: l'onomastique, les analyses de toponymes qui laissent souvent pantois ... "Comme en revenant de Pontoise", pour entrer dans le jeu - son jeu ? -, en jonglant sur un autre de ses intitulés), sont indémêlables ; et c'est pourtant là que réside justement l'enjeu essentiel du discours, la réponse à la question, "de quoi parle-t-il et que dit-il en exposant tout cela comme cela ?"; - ou bien s'agirait-il "seulement" d'une vision aberrante, ce que montrerait le traitement des termes, en "fou du langage" ; - ou alors, "il y a quelque chose là-dessous", mais d'assurément difficile à mettre au jour, parce qu'après tout, comment tout ce qu'il développe aurait-il été rendu possible ? ; - ou plutôt, et c'est à la fois, à mon avis, le plus juste mais qui risque d'être frustrant si l'on manque d'un véritable sens de l'analyse, il faut une bonne 'théorie du discours' pour l'aborder, et là je ne peux à nouveau que prendre appui sur Meschonnic, pas seulement parce j'ai été son étudiant et que sa pensée me guide depuis, mais parce que je n'ai jamais trouvé mieux, et j'ai cherché.
Cela veut dire que tout dans ce livre pourrait alors trouver sa cohérence, sa justification, sa "raison d'être", non vue et même refusée jusqu'à nouvel ordre, dans la perspective d'une "pensée-discours-action" dont l'intérêt serait de témoigner qu'on ne peut pas séparer ces trois modes d'être, qu'il faut les articuler pour, je dirai, avoir une chance de "comprendre" un tel texte.
Dès lors, il ne s'agit plus ainsi de savoir si Dujardin a raison ou tort, s'il s'égare ou pas, mais de saisir ses tenants et aboutissants, d'en apercevoir les enjeux, de faire apparaître les congruences avec des données historiques, culturelles, linguistiques ("langagières"). Après tout, comme en peinture, tout est justement une question de perspective, mais plurielles, multiples et changeantes, l'important est de trouver "comment ça marche ..." ; il écrit : "C'est ainsi que je suis arrivé à tirer la signification de bien des mots, vides de sens a priori et qui, par une juxtaposition, ont fourni l'historique de notre pays, lequel est tracé sur le sol, comme est un tableau de jeu de patience." (p. 16) (à voir : les "Rebus de Picardie", dans les "Essais historiques sur la ville d'Etampes" de Maxime de Mont-Rond ... trouvé en cherchant "Ingelburge" (séquestrée au château de Guinette au lendemain de ses noces, "ayant vu ..." - c'est presque comme dans Barbe Bleue, "Anne, ma soeur Anne, ne vois-tu rien venir ...") ; et dans un passage (p. 204) de la "Charte de la franchise d'Eudes-le-Maire, Challo Saint-Mard": "Le même roi Philippe avait accordé aux héritiers d' Eudes-le-Maire, la châtellenie de Challo ou Challou Saint-Mard. Favin, dans son histoire de Navarre (...), dit qu'on voyait encore de son temps à la grande vitre du choeur de l'église de ce village, dédiée à Saint-Médard, les armes de ce bourg, à sçavoir, ajoute-t-il, un chat et un loup, pour les représenter en rebus de Picardie (...)" - et Châlo, Chalou, Chalouette, la Louette, etc. (voir Léon Marquis, "La Nymphe Louette"(*), statue atrribuée à Elias Robert*, 12 rue Louis-Moreau à Étampes ; - et entre autres lieux, "Chaloup", "étang de Chatloup", "église saint Agnan de Chatloup"(**), "CHALOU-SAINT-AGNAN" (p. 233, 234) ; "LA FOSSE CHAT-L'O-SAINT-MAR" (p. 229), "La vallée de CHALOUP, de CHAL'O (..."), "... CHALOUP-LA-REINE" (p. 228), (...) "paroisse CHAT L'O ..." (p. 234), "Chat l'o saint Mar" (p. 235, à suivre pp. 238 à 248, et ailleurs).
(* : http://www.corpusetampois.com/cae-19-robert-louette.html)
(** : "Au portail ... sont figurés un chat et un loup, signifiant que la femme qui est chat peut devenir loup, elle est alors le loup blanc qui est connu. Le chat est la vierge sous le voile le jour du mariage devenue loup le lendemain ayant vu Mars, ayant vu la queue du loup." : ici, dans cet exemple à reprises variées, se montre l'intrication entre proverbes, "dit-on", 'jeux' sur les toponymes, et le serré d'un discours narratif-démonstratif, dans lequel il ne serait être question d'opposer un "descriptif/objectif" à un "divagant/délirant".)
(** : "Au portail ... sont figurés un chat et un loup, signifiant que la femme qui est chat peut devenir loup, elle est alors le loup blanc qui est connu. Le chat est la vierge sous le voile le jour du mariage devenue loup le lendemain ayant vu Mars, ayant vu la queue du loup." : ici, dans cet exemple à reprises variées, se montre l'intrication entre proverbes, "dit-on", 'jeux' sur les toponymes, et le serré d'un discours narratif-démonstratif, dans lequel il ne serait être question d'opposer un "descriptif/objectif" à un "divagant/délirant".)
Reste par alilleurs à s'informer un peu sur ces "Rebus de Picardie"; sans compter que l'art du blason, images, objets, symboles, couleurs, codes, devises, etc., entrent bien dans ce principe de 'rébus'. De même que, tradition plus triviale, les enseignes des auberges, boutiques ; style les célèbres "Au Lyon d'Or",' Au-lit-on-dort'. - Où lexicographie, étymologie, onomastique, mais non uniquement officielles, rejoignent la poétique, les jeux de langage, pas gratuits (et non comme le présentait autrefois l'enseignement de la littérature, une philologie pour laquelle les "procédés", dans la rhétorique des "figures de style", étaient censés relever du décoratif).
. Surprenant que cet ouvrage fasse malgré tout l'objet d'une attention "académique" :
preuve en est que l'on concède à son auteur une réelle connaissance du terrain et des renseignements pratiquement exclusifs ; mais aussi bien, il déconcerte ou scandalise dès l'origine les historiens "sérieux" (voir les refus de réception dont fait état Dujardin dans ses avant- et post-propos), et il est vrai que beaucoup de considérations pourraient se trouver dans des ouvrages relevant a priori de registres aux antipodes (voir plus loin), pour exemple, p. 18, "la résurrection de l' azar", p. 36, "... kat, chat, petit trou, et le chat rouge est un chaperon rouge à faire un chat botté.", p. 73, "... des filles d' hévah qui comme les enfants du loup, ont la galle aux dents " (- d'autres 'gal', ci-après) ; - dès lors, pourquoi ne pas se contenter d'un suivi, vers Jean Pierre Brisset *, Les Origines humaines, "La Grande Loi ou La Clef de la Parole" : "Les dents, la bouche. Les dents la bouchent L'aidant la bouche L'aide en la bouche Laides en la bouche Laid dans la bouche Lait dans la bouche L'est dam le à bouche Les dents-là bouche" (André Breton le cite dans son Anthologie de l'humour noir) ? ; avec Dujardin (: p. 28, "... gal à regarder par le galant et à larder en galardon"; "Galluis, où est l'huis d'une galle à rendre un galleran"), on n' est pas loin en effet du "Gal amant de la reine à la tour magnanime" d' Alphonse Allais !
(*pour Jean Pierre Brisset, voir par exemple le site :
http://www.larevuedesressources.org/spip.php?article840)
(*pour Jean Pierre Brisset, voir par exemple le site :
http://www.larevuedesressources.org/spip.php?article840)
Mais les chapitres consacrés par Umberto Eco à "La pansémiotique kabbalistique", dans La recherche de la langue parfaite dans la culture européenne, nous entraînent dans un rebondissement de références hors de toute pantalonnade ... ce qui n'exclue pas la "pantomime" des mots. Par exemple, je le cite, "Pour l'exégèse chrétienne, les sens cachés doivent être repérés à travers le travail de l'interprétation (afin d'identifier un surplus de contenu), mais sans en altérer l'expression, c' est-à-dire la disposition matérielle du texte (...)"; "En revanche, pour certains courants kabbalistiques, la lecture anatomise, pour ainsi dire, la substance même de l'expression à travers trois techniques fondamentales, le notaricon (*), la gématrie (**) et la témourah (***)." Il définit :
*: "notaricon", en gros, "la technique de l'acrostiche", "manière de coder et décoder un texte";
**: "gématrie", "Il s'agit de trouver des mots dont le sens est différent mais qui ont la même valeur numérique, en recherchant ainsi les analogies qui passent entre les choses ou idées désignées.";
***: "témourah", "art de permuter les lettres, c' est-à-dire l'art de l'anagramme".
Et il est intéressant de voir que cet "art de l' anagramme" se retrouve dans un éventail extrêmement large de perspectives et de travaux - normal, c'est le langage en son fonctionnement même -, dans tous courants littéraires, les "poétiques" mais pas uniquement, jusqu'aux canulars basiques ou savants (l'"Art du contrepet" depuis Rabelais , "Folle de la messe, molle de la fesse", il paraît que c' est de lui ... -, jusqu' à "L'Album de la Comtesse" ("Épuisée par une longue queue, la pauvre femme s'affale devant le bazar." - là, Dujardin, après son "A la Queue est jointe la burette" (p. 211), et "Villaine est une queue qui n'est plus verte est dépoullée ..." (p. 29), pourrait nous en remettre, par exemple en promenade éclairée du côté de "La Queue-en-Brie", qui a l'air de lui avoir échappé.
. Si ambiguïté il y a, c'est à savoir ... :
- ... s'il veut dire que l'on a "codé" le pays, pour le rendre auto-signifiant de sa propre histoire, en assimilant et rendant indissociables les lieux et leurs noms, il donne alors à "lire" le pays dans son histoire, telle une carte historiée et mise en scène à l'instar des anciens portulans, animés de figures narratives légendaires répondant à des intentions philosophiques, théologiques, idéologiques. Mais à quelles initiatives, relayées d'époque en époque, et de quelle manière ? Petit à petit, au fil du temps ... mais alors, comment l'unité du projet, la cohérence d'une telle entreprise aurait-elle été assurée ?
- ... et/ou bien, c'est le pays lui-même qui "parle", comme au temps des génies des bois, des eaux, des sources, des anciennes mythologies. Il me semble que ces deux aspects n'apparaissent pas clairement distincts, Dujardin "joue sur deux tableaux", et même trois puisqu'il s'établit en historien érudit et sérieux.
. Chez les linguistes, le rapprochement le plus symptomatique s'observe dans certains travaux du père de la linguistique "scientifique" moderne, Ferdinand de Saussure (voir son "Cours de linguistique générale", texte fondateur), qui s'est "laisser aller" dans une semi-clandestinité à tenter de mettre à jour les sens cachés de textes de la littérature gréco-latine, à travers les procédés des anagrammes, paragrammes, hypogramme, et autres lipogramme (cf Jean Starobinski, "Le texte dans le texte ; extraits inédits des Cahiers d'anagrammes de F. de Saussure", Tel Quel n° 37, 1969 ; "Les mots sous Les mots" ; , "Les anagrammes de F. de Saussure (Mercure de France, 2/1964 ; republications Paulet ; - et Georges Pérec avec l'Oulipo pour le llipogramme).
Quant à la poésie, art du langage par excellence, elle en utilise toutes les ressources, et pas pour dire de façon plus compliquée ce qui pourrait l'être simplement et directement, comme on l'affirme couramment. L'étonnant, c'est que les termes "Estampes", "pantomimés", "hydrographiquement", laissent attendre des accompagnements iconiques, documents figuratifs, illustrations graphiques, topographiques, "de terrain", concrètes ou même emblématiques, du fait que, si l'on tente une lecture "à énigmes", on pense forcément à la pléthore de représentations symboliques des ouvrages alchimiques. Or, il n'y en a pratiquement pas dans les "Estampes", un peu dans "Le Passé religieux ...", mais ce sont des bas-reliefs comme on peut en trouver bien entendu en mieux dans les ouvrages de la collection Zodiaque ou du même genre.
Chez Dujardin, tout tient dans la formulation verbale, ce qui donne au langage des mots un caractère de représentation complète de la pensée et des éléments.
. Proverbes, "dit-on", dans les "Estampes mythologiques ..." :
- adages toponymiques :
"Boissy-aux-Cailles / Merlenval-au-diable / Mainbervilliers-les-sorciers" (p. 30,32, 127, 170)
"Monnerville-la-belle-fille, / Angerville-la-Gâte (/la Gaste)" (p. 170) et variante :
"Angerville-la-Gâte / Pussay-le-Copet / Monnerville-la-belle-fille / Guiberval-le-Pouilleux"
- proverbes météorologiques (temps météorologique interprété en référence au religieux) :
"Saint Mammers, saint Pancrace, / Saint Servais, saints de glace" (p. 127)
"Si le jour de saint-Paul-le-Couvert / Se trouve beau et découvert, / L' on aura en cette saison / Des biens de terre à grand' foison" (p. 249)
"A la Saint-Michel, la chaleur remonte au ciel" (p. 388)
"Quand il pleut à la Saint-Georges, il n' y a ni prunes, ni orge"
et :
"Lorsqu' il pleut le jour de Saint-Georges, il n' y a ni guigne, ni gogue" (p. 430)
mais :
"Quand Saint-Georges se fait beau, on a guigne et gogue" (note de l'auteur : "Gogues, noix fraîchement dépouillées de leur enveloppe. - Gogue, vieux mot, joie, plaisir." (on pense bien sûr à : "... aller en goguette")
- coutumes, pratiques, usages, liés aussi à des toponymes... imagés, énigmatiques, pittoresques, savoureux ! :
. "Les filles de Longuesse / se découvrent le derrière / Pour couvrir leur tête"
. "Gaillon, Gaillonnet / Seraincourt, Montalet / Il y a plus de p... / Que de vaches à lait" (p. 40)
. "(...) un brocart sur Guillerval, "qu'il y avait plus de putains que de cheminées" (p. 178)
. "A la sainte Luce, le saut d'une puce ; A la saint Thomas, le saut d' un chat" (p. 34)
. "Les chiens de Banthelu ... / Aboient du c... / Et mordent de la gueule"
. "A la Saint Denis, Adieu les belles filles" (p. 174)
. "Les pots de Dourdan sont neufs" p. 333) (dit-on qui a fait gloser autrement ...)
. "... le dit-on boulonnais : "Lorsque le coucou chante et qu'on le trouve au bois, si on a de l' argent en poche, on est sûr d'en avoir tout le restant de l'année" (p. 349)
. "Carême-Prenant, se fait avec sa femme et Pasques avec le curé" (p. 492 et 496)
. "Rouge au soir, blanc au matin, c'est la journée du pélerin" (p. 410)
. "S'il ne faut pas mettre la charrue avant les boeufs, le boeuf ne doit pas aller avant le char" (p. 409)
. "A Saint Martin est lié cette vérité que partout où il y a martin, il y a de l' âne, et avec l' âne est la queue de Martin" (p. 84) et :
. "L'on sait que partout où il y a martin, il y a de l' âne" (p. 422)
. "L'on sait que partout où il y a martin, il y a de l' âne" (p. 422)
. "Il est comme Saint Pierre, il parle par la bouche" (... dit-on à Etampes")
. "A la Saint Martin, tue ton porc fin" (p. 512)
. "Quand on parle du loup, on en voit la queue" (p. 530)
. Bibliographie de recherche
... non encore entièrement exploitée pour un effort de compréhension des "Estampes" :
- André Breton, Arcane 17, 1945 ; La Clé des champs, 1953
- Jean Pierre Brisset, La Grammaire logique suivi de La Science de Dieu, 1971, Tchou ; préface de Michel Foucault, 7 propos sur le 7e ange ; réédition Baudouin, La Grammaire logique, seule, Paris, 1980
- Jean Pierre Brisset, Les Origines humaines - deuxième édition de La Science de Dieu, entièrement nouvelle, 1980, Paris, Baudouin
- Geneviève Calame-Griaule, Ethnologie et langage, Gallimard Bibliothèque des Sciences Humaines, 1965
- Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, 1969 /1982, Laffont/Jupiter, Bouquins
- Albert Dauzat et Charles Rostaing, Dictionnaire étymologique des noms de lieux en France, 1963, Larousse (réimpression, Librairie Guénégaud)
- Albert Dauzat, La Toponymie française, Bibliothèque scientifique, (1960) Payot, Paris ; réimpression, 1971
- Albert Dauzat, Les Noms de lieux Origine et évolution, 1963, Delagrave
- Marcel Détienne, Les jardins d' Adonis, La mythologie des parfums et des aromates en Grèce, 1972 ; 1989 ; suivi d'une interprétation de Jean-Pierre Vernant et d'une lecture de Claude Lévi-Strauss, Gallimard, Folio histoire, 2007
- Marcel Détienne, Comparer l' incomparable, Seuil, 200 ; Points essais, 2009
- Marcel Détienne (sous la direction de -), Tracés de fondations, Louvain-Paris, Peeters, 1990
- Marcel Détienne (sous la direction de -), Transcrire les mythologies. Traditions, écriture, historicité, Paris, Albin Michel, 1994
- Guy-René Doumayrou, La Geographie Sidérale, 1976, Arma Artis ; UGE 10/18
- Umberto Eco, La Recherche de la langue parfaite dans la culture européenne, 1994, Seuil, Points essais
- Claire Fondet, Dialectologie de l'Essonne et de ses environs immédiats, thèse présentée devant l'université de Dijon en 1977, librairie Honoré Champion, 1980
- Michel Foucault, Raymond Roussel, 1963 ; avec une présentation, Gallimard, Folio essais, 1992
- Michel Foucault, 7 propos sur le 7e ange, préface à Jean Pierre Brisset, La Grammaire logique suivi de La Science de Dieu
- Sigmund Freud, Sur les sens opposés dans les mots primitifs, in Essais de psychanalyse appliquée, 1910 ; Paris Gallimard, 1933 ; Gallimard idées n° 243,1971 (*)
(*: à ce sujet, voir M. Yaguello, Les Fous du langage, chap.7, "Le roi nu", à propos de Marr, note 14 p. 106-107 ; elle montre comment cette idée du "sens opposés dans les mots primitifs" que l'on trouve chez Marr, chez Karl Abel qui inspire Freud, est invalidée par Benvéniste dans "Remarque sur la fonction du langage dans la découverte freudienne" in Problèmes de linguistique générale ; elle ajoute : "cette fascination de l' identité des contraires habite également Brisset", dans Les origines du langage)
- Sigmund Freud, Le Mot d' esprit et ses rapports avec l' inconscient , 1930, Gallimard, Idées, 1969
- Clarisse Herrenschmidt, Les Trois écritures Langue, nombre, code, Gallimard, Bibliothèque des sciences humaines, 2007
- Michel Leiris, Mots sans mémoire ; Glossaire j' y serre mes gloses, 1969, Gallimard, "L'Imaginaire", 1998
- Claude Lévi-Strauss, La Pensée sauvage, Plon, 1962
- Gérard Oberlé, Fous à lier (à lire). Fous à relier (relire). Catalogue de livres écrits par des hétéroclites, fous littéraires, autodidactes, bizarres et autres ... Suivi d'une collection de gouaches originales de Raymond Queneau. Avec un texte inédit de André Blavier ; Manoir de Pron, 1985
- Gérard Oberlé, Fous à lier (à lire). Fous à relier (relire). Catalogue de livres écrits par des hétéroclites, fous littéraires, autodidactes, bizarres et autres ... Suivi d'une collection de gouaches originales de Raymond Queneau. Avec un texte inédit de André Blavier ; Manoir de Pron, 1985
- Georges Pérec, W ou le souvenir d' enfance, Denoël, 1975 ; Gallimard, L'Imaginaire, 1993
- Raymond Roussel, Nouvelles impressions d' Afrique (1932) ; Jean-Jacques Pauvert, 1963
- Irène Rosier-Catach, La parole efficace: Signe, rituel, sacré, Paris, Seuil, 2004
- Irène Rosier-Catach, La parole efficace: Signe, rituel, sacré, Paris, Seuil, 2004
- Jean Seznec, La Survivance des Dieux antiques, Flammarion, 1980, 1993
- Jean Starobinski, Le texte dans le texte ; extraits inédits des cahiers d' anagrammes de Ferdinand de Saussure (Tel Quel n° 37, 1969) ; Les Mots sous les mots (les anagrammes de Ferdinand de Saussure), Gallimard, Le Chemin, 1971 ; Les anagrammes de Ferdinand de Saussure (Mercure de France, 2/1964 ; republications Paulet, Paris)
- B. J. Whorf, Linguistique et anthropologie, les origines de la sémiologie ("Langage, Thought and Reality", 1956), Denoël-Gonthier, 1969
- Louis Wolfson, Le Schizo et les langues ou La Phonétique chez le psychotique (Esquisses d'un étudiant de langues schizophrénique), Paris, Gallimard, 1982
- Marina Yaguello, Les Fous du langage, des langues imaginaires et leurs inventeurs, 1984, Seuil ; Les Langues imaginaires : mythes, utopies, fantasmes, chimères et fictions linguistiques, 2006, Seuil (cf Wikipedia, Les langues construites).
. Pistes d' investigation :
- Henri Meschonnic, Critique du rythme :
. "(un point ... où) la poésie et la prose sont une même aventure du langage " (p. 503) ;
. "Le jeu de mots constitue une vue directe, sans intermédiaire, donc sans langage intermédiaire, sur la vérité de la langue. Ou de tout sujet ou objet."
. "La poésie n'est pas fiction. Ne raconte pas d' histoire. Historiquement, elle a traversé le mythe, la fable, le récit. (Aujourd' hui ...) Son historicité est de travailler à sa narrativité propre." (p. 504)
. sur Wilhelm von Humboldt : "La pensée de la langue et celle de la littérature sont solidaires, comme en avait bien l' intuition Humboldt. Mais non confondues." (p. 426) ; "Humboldt (...) secondarise le discours (...)" (p. 107) ; (...) pour Humboldt, il s'agit "de prendre appui sur la réalité pour rejoindre un objectif qui ne lui appartient plus : la poésie récupère la présence sensible de la réalité, telle qu' elle se donne à l'appréhension de l'expérience intérieure et extérieure, mais en restant indifférente et même délibérément étrangère à ce qui fonde la réalité comme telle." (p. 502)
. sur B. J. Whorf, Linguistique et anthropologie : "circularité (...) entre langue et culture" (p. 46)
. sur B. Malinowski : "(...) la linguistique de Malinowski est toujours une linguistique de philologue transplantée sur le terrain des ethnologues" (p. 40 ; voir aussi p. 49 - 50)
. sur B. Malinowski : "(...) la linguistique de Malinowski est toujours une linguistique de philologue transplantée sur le terrain des ethnologues" (p. 40 ; voir aussi p. 49 - 50)
- Henri Meschonnic, Le signe et le poème, p. 123-139, passim
- Walter Benjamin, Oeuvres I, II, III - Gallimard, Folio essais, 2000
- Françoise Chenet, Du champ de l' alouette au champ de l' étoile : toponymie et métaphore :
."Le toponyme n' a pas qu'une simple valeur référentielle mais porte en lui un imaginaire, une histoire inscrite dans son épaisseur sémantique et permet une lecture archéologique."
."Le toponyme n' a pas qu'une simple valeur référentielle mais porte en lui un imaginaire, une histoire inscrite dans son épaisseur sémantique et permet une lecture archéologique."
."Texte-palimpseste, la ville conserve toutes ses strates. Comme le mythe, elle est la somme de ses variantes et de ses lectures. Non seulement le passé ne s'efface jamais, mais fondation, et donc fondement, il est le gage de l' avenir."
( http://www.groupugo.univ-paris-diderot.fr/Groupugo/DOC/05-02-12Chenet.pdf )
- Pierre Jourde, Géographies imaginaires de quelques inventeurs de mondes au XXe siècle, Gracq, Borges, Michaux, Tolkien - Paris, José Corti, 1991
- Jean-Noël Pelen, Récit et toponymie ; - introduction, extraits significatifs :
. "(...) le toponyme pouvant être considéré comme un microrécit, un récit a minima qui, partagé au sein d'une culture, permet seul de dresser une topographie du paysage et de donner à ce dernier une épaisseur historique."
. "Le toponyme définit le territoire du récit, voire définit le récit comme territoire. Cela est vrai de l'histoire, du roman, de la légende, du conte."
. "il n'est pas de territoire sans récit"
. "Parfois, et bien que ce ne soit qu'une illusion d'optique, le toponyme semble comme périphérique au récit. Il n'en est pas l'objet. Il l'accrédite seulement."
. "Les « géographies imaginaires », d'ailleurs, n'inventent-elles pas, fréquemment à force de toponymes, des lieux pour permettre les récits qui permettent les lieux ? "
. "Parfois, le récit traverse le toponyme, est un voyage à travers le territoire que constitue le toponyme, et que le récit instaure : il en est ainsi du conte-type 313 de la classification internationale du conte, La fille du diable, souvent titré La Montagne Noire, La Montagne Verte ; ou des divers Voyages de Stendhal : Rome, Naples et Florence (1817), Promenades dans Rome (1829) ; de Voyage avec un âne dans les Cévennes de Stevenson (1879) ; de Histoire de France de Michelet (1833-1867). Histoire de France tout court. N'a-t-on pas en grande part écrit l'histoire pour emplir de sens le terme qui donnait corps au territoire de la Nation ? "
. "Parfois, le toponyme, par sa consonance proche de mots usuels, propose, faisant signe dans sa substance même, un microrécit « flottant », dont les interprétations « populaires » ne manquent pas de se saisir. Pris isolément, chacun de ces microrécits interprétatifs est difficile à analyser. Mais, considérées dans leur ensemble, ces interprétations résonnent au sein des croyances partagées."
. "Plus rarement, mais aussi de façon plus percutante, des toponymes géographiquement proches les uns des autres peuvent être inclus dans un même récit qu'ils configurent spatialement et qui les configure. Cela peut se faire à partir de toponymes préexistants, que le récit interprète successivement, et au travers desquels il propose une sorte d'itinérance à la fois toponymique et topographique."
. "C'est en cela que l'on peut comprendre la «passion toponymique», qu'elle soit traditionnelle et «populaire », ou bien œuvre érudite. Certes cette passion est nécessaire en ce qu'elle institue le sens de l'espace et par là même fonde le territoire. Mais aussi, l'interprétation de toponymes dont le temps véritable a obscurci la clarté première, la motivation initiale, confère-t-elle à ceux qui la pratiquent un savoir d'initiés à l'instar de ce que décrit Jolles de l'énigme, lesquels, par le décryptage des signes, sont aptes à lire l'histoire, le sens originel de cette sorte de cosmogonie du paysage (Basset: 2000; ci-après R. Bertrand). Ils savent."
- Marina Yaguello, Les Fous du langage :
. "Il y a bien des sortes de fous : les fous délirants, les fous à lier, les fous rêveurs, les doux dingues, les inspirés, les idiots du village, les innocents, et puis les fous raisonnants. Ces derniers ont quelquefois la chance de passer pour raisonnables." (p. 44)
. "La frontière n'est pas toujours facile à tracer entre la raison et la folie raisonnante. C'est un fait que le jugement sur l'oeuvre d'un individu dépend de l'état des connaissances et de l'idéologie dominante à l'époque."
- André Biély, Glossolalie :
. "André Biély (1880-1934) est surtout connu pour "Petersbourg", un roman "urbain" à rapprocher de l' Ulysse de Joyce ou du Berlin Alexanderplatz de Döblin. Mais c'était aussi un poète, de la génération des jeunes symbolistes russes. Glossolalie, écrit en octobre 1917, est un "poème sur le son", une genèse hallucinée des significations syllabiques. Logogonie emportée par la passion cratylienne, elle rapproche Biély du Rimbaud des Voyelles, du Mallarmé des Mots anglais, du Brisset de "La Science de Dieu" ou du Khlebnikov de "La Création verbale".
. Notions :
. "Un cas similaire à la glossolalie " (*) ?, l' "onomastolalie" ... ? ; la "topolalie" ... ?
(* : " du grec ancien γλῶσσα / glôssa, « langue » et λαλέω / laleô, « parler ») est le don de prier à haute voix dans une langue étrangère (xénolalie) qu'on ne connaît ni ne comprend. Ce phénomène est rencontré entre autres dans le christianisme, le chamanisme et le spiritisme."
. "La palilalie concerne généralement la répétition rapide de syllabes, parfois de mots, et lorsqu'il s'agit de la répétition de segments plus complexes, on parle de paliphrasie."
CIRCI : Centre Interdisciplinaire de Recherche sur la Construction Identitaire ICOS : International Congress of Onomastic Science
( http://www.icosweb.net/ )
LDI : Lexiques, Dictionnaires, Informatique GENUNG : Groupe d'Experts des Nations Unies pour les Noms Géographiques
SIGREM : Système d'Information Géographique de la cité des Rèmes
- lexique onomastique :
http://henrysuter.ch/glossaires/annexe.html#theonyme
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