Je me demande encore (inutile de perdre davantage mon temps là-dessus d'ailleurs) pourquoi, comment il est possible qu' aucune référence ne soit faite aux travaux de Henri Meschonnic chez des penseurs aussi 'importants' (? - finalement ...) que Umberto Eco (*), et, disons, Edgar Morin, Philippe Sollers, Michel Deguy (mais lui, il a cru régler son compte à Meschonnic en le qualifiant de 'serial killer', n'ayant pas vu ou voulu voir - chacun son camp ou sa boutique - la mise au point qu'il faisait (par exemple dans "Modernité modernité", voir l'édition Gallimard Folio essais, 1993, p. 12 ) : "La stratégie du signe est de faire passer la critique pour une polémique" ; encore faut-il comprendre le sens du terme 'critique', ce qui demande de chercher un peu ou d'en tenir compte si on le sait. Côté poètes, pas de dialogue que je sache entre Pierre-Jean Jouve et lui, mais ça, je n'en puis rien dire n'ayant pas creusé et on est sans doute dans un autre registre, les créateurs entre eux, chacun leur monde mental, sans histoire de tour d' ivoire mais de dire. En tout cas, si quelqu'un aurait valu la peine d' occuper la chaire de poésie au Collège de France, c'est en toute certitude Henri Meschonnic, mais cela en aurait sans doute dérangé certains. Bref, comme pas moyen de faire décoller la doxa de ce dualisme du signe qu' il s'est en permanence obstiné à dénoncer de façon suffisamment éclairante et convaincante, aucune prise en compte de sa pensée majeure n'apparaît au grand jour (bien sûr, je ne suis pas le seul à le reconnaître et savoir la place éminente qui est la sienne dans la réflexion sur langue et histoire, pour parler vite, il n'y a qu' à lister ce qui le concerne sur le web, mais on a quand même une impression de domaine réservé, quasi confidentiel, style "oui, en effet, mais bon ..."). M'en tombent un peu plus les bras avec le défaut de mention (de connaissance ou reconnaissance) de Meschonnic chez un penseur de l'image aussi important et novateur que Georges Didi-Huberman, du fait que celui-ci m'apporte tellement que je supporte mal cette non communication entre les meilleurs. C'est j'ignore ou je l'ignore, point final. Mais bon, naïveté de ma part, ou plutôt idéalisme stupide, comme s'il n'y avait pas de clivages idéologiques, conceptuels, didactiques, philosophiques, culturels et tout simplement de tempéraments entre qui semblent au zénith de la pensée, et si l'admiration ingénue bien que légitime que l'on peut porter à ce qui apparaît majeur obnubilait tant qu'on fantasmait sur des conciliations générales et définitives, toutes contradictions et difficultés disparues en un tour de passe-passe métaphysique.
Ce qui me gène chez Didi-Huberman, et m'attriste vu la considération que je lui porte, c'est en fin de compte l'horizon 'no-future' qui me semble caractériser le fond de sa pensée, une forme de nihilisme me semble-t-il, le nihilisme (arrière-plan du marxisme battu en brèche bien sûr on sait - ? - comment et pourquoi mais pas disparu, qui a ses post-/néo- ou inversement), étant plutôt que son avatar, '... l' horizon indépassable de notre époque', pour paraphraser Sartre.
Je n'ai aucune nostalgie des illusions spiritualistes et reste la plupart du temps bluffé par les argumentations serrées et hy-pertinentes bien au-delà de mes capacités intellectuelles personnelles, mais je ne vois pas pourquoi je me laisserais imposer ce qui malgré tout frise très souvent la langue de bois de ce nihilisme soi-disant indépassable pour les meilleures raisons du monde ; d' abord quel monde ...? - le leur, pas forcément le mien, ou au moins celui que je suis bien en droit de chercher aussi de mon côté et à ma manière (pas de profession de foi individual'égocentriste autistique ici, on pense et travaille toujours avec les autres, cela n'empêche ni ne dispense aucunement d'être soi-même) sans céder aux prêts-à-porter convenus et considérés comme convenables. Et puis, c'est le lot sans doute inéluctable en ce monde limité et imparfait, il y a dans la pensée la malédiction de se heurter à l'enfermement à l'intérieur même de l'ouverture la plus forte. Autre naïveté, parce que c'est la question des limitations. En tout cas, l'effet ressenti est parfois davantage frappant et affligeant, et fait pleurer dans les chimères ...
Je devrais parsemer ce laïus de quelques-unes de mes 'images', ça me détendrait.
A voir ailleurs, toujours ailleurs, sauf exceptions, qui existent.
(*: en ce qui concerne U. Eco, mais pas uniquement bien sûr, ma naïveté me semble conjurée à la lecture de ce passage de H. Meschonnic dans "Modernité modernité" : "Le structuralisme a été (...) l'idéologie scientifique de la sérialisation, du formalisme. (...) La sémiotique généralisée en a aggravé le dualisme. La modernité aime jouer Pierce contre Saussure. Croyant suivre Saussure, elle a choisi Pierce. L'universel du signe historique et trompeur, contre l'historicité du langage." - La clé est là : Eco est un sémiologue, il y dans le "dualisme du signe" et doit faire partie de ceux pour qui Meschonnic était un empêcheur de tourner en rond)
(*: en ce qui concerne U. Eco, mais pas uniquement bien sûr, ma naïveté me semble conjurée à la lecture de ce passage de H. Meschonnic dans "Modernité modernité" : "Le structuralisme a été (...) l'idéologie scientifique de la sérialisation, du formalisme. (...) La sémiotique généralisée en a aggravé le dualisme. La modernité aime jouer Pierce contre Saussure. Croyant suivre Saussure, elle a choisi Pierce. L'universel du signe historique et trompeur, contre l'historicité du langage." - La clé est là : Eco est un sémiologue, il y dans le "dualisme du signe" et doit faire partie de ceux pour qui Meschonnic était un empêcheur de tourner en rond)
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