dimanche 17 avril 2011

Propos à propos de ... ' DUJARDIN ' (8) Problématique, VI

Réintroduire les "les choses du monde" dans les "choses du langage"
(cf Clarisse Herrenschmitt, "Les trois écritures. Langues, nombre, code", p. 33).


Et j' ai vu           toute l' oeuvre de Dieu                 que
l' homme         ne pourra pas          trouver      l' oeuvre
           qui s'est faite sous le soleil                    malgré
           l' effort que fera l' homme       pour chercher
     et il ne trouvera pas
                              Et même si le sage dira       savoir
                          il ne pourra pas              trouver
(Henri Meschonnic, Les Cinq rouleaux, Paroles du Sage, IX, 17)

Nostalgie, et volonté de reconstituer le lien oublié ou perdu entre langues, langages (une linguistique réduite au lexique, les mots isolés renvoyant aux singularités de noms et d'objets dénominés) et  un réel, mais institué par une idéologie ; à la fois réalisme et nominalisme : le "Pagus stampensis" ne s'établit comme un réel que par les noms qui le qualifient et le déterminent. Dès lors, le pays-estampes n'a d'autre existence que par les dénominations qui le façonnent et le fixent. Sauf que tout cela constitue des "Estampes mythologiques pantomimées ..." ; le serpent se mord la queue et, Dujardin l'énonce bien délibérément, tout cela, comme Etampes,  n'a ni queue ni tête (Estampes, p. 12), parce qu'une fois au bout, il faut revenir au début.
Par l'approche étymologique, dans ses improbabilités (incluant les traditions, écrite et orale, les proverbes, le savoir populaire, les données crypto-savantes - mots codés, anagrammes, dispositifs divers à déchiffrer, etc.), remonter - élucidation démontrée ou suggérée - du "nom-pays" (toponyme) au "pays-nom" ; réalité insittuée en concomitance avec le réel, mise en abyme du langage, déchiffré en "arcanes" ;  ce que cachent les noms - conception pré-scientifique du langage et de l'ethno-anthropologie historique.
Tout se passe dans cette entreprise de 'renvoi-dévoilement' comme avec cette "illusion efficace" de "l'écriture grecque (qui) tendit à rendre visible le corps parlant social (...)"(C. Herrenschmitt, p. 38) : "Elle a parlé si juste, l'efficace illusion, outil graphique au visage de "Sésame, ouvre-toi", qu'elle a inauguré en nous, pour nous et au nom aimé des Anciens, le fabuleux retour des langues mortes." (op. cit., p. 39)
L'onomastique/toponymie de Dujardin "naturalise" les mots, veut en faire des mots-images-réalités en adhésion pleine et entière au "pays-histoire" "pantomimé" et "traduit", soit une écriture seconde par rapport à ce "pays-écrit", "pagus stampensis". Traitement anti-linguistique de l'onomastique et des toponymes, les termes notionnels sont démembrés, décortiqués et renvoyés à des interprétations en abyme, improbables énigmes, censées cependant restaurer la filiation du passage d'une civilisation à une autre, inscrite dans le pays même, faisant corps avec lui, hypothèse d'une fusion mystérieusement instituée, jusqu'à un point où pays réel/pays-image ("Estampe"), désignation-nomination-incarnation, constituent un corps entièrement intégré, le Pagus stampensis, à parcourir et lire en un même geste.

Anne-Marie Christin, "L'image écrite", une conception pré-scientifique du langage, régression par non-prise en compte de la théorie des stades, des trois états d' Auguste Comte et de l' évolutionnisme darwinien "qui sert de modèle aux linguistes." ; "or, le désir de retour à une langue unique va à rebours du concept même d' évolution (...)". 
Pierce, l'icône, (cité par Anne-Marie Christin, p. 230, note 75) : "Une icône est un signe qui posséderait le caractère qui le rend signifiant, même si son objet n'existait pas. Exemple : un trait au crayon représentant une ligne géométrique.(...) Cette capacité de révéler une vérité inattendue ..." 

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