jeudi 21 avril 2011

propos à propos de ... ' DUJARDIN ' (9) Problématique, VII

Pour une langue "estampique" (*)
(* mais pas "adamique")

' L'utopie et les landes ' ... (démarquage de "Le schizo et les langues" de Louis Wolfson ; mais astuce purement gratuite, Dujardin n'était certainement schizophrène comme certains le souhaiteraient, et la Beauce n'est pas vraiment une "lande", betteraves ou pas ...).

"L'homme est possédé par le langage, et réciproquement" ; 
le "mythe de la langue universelle mais aussi le rapport de l'être humain au langage." (M. Yaguëllo, Les langues imaginaires, p. 16)
"Découverte précédée de spéculations" (...), "faits empiriques ... raisons idéolo- giques ... peuvent conduire à modeler, à déformer, afin de les rendre compatibles avec une théorie préétablie." (op. cit., p. 28)

La toponymie de Dujardin est-elle définitivement une "fiction" de "fou du langage" ?
Mais, ni schizophrénie, ni "recherche de la langue parfaite", ni "théorie de la pluralité des mondes habités" (analogie éloignée, pour tester Dujardin en regard du délire des langues), ni spiritisme, occultisme, ou chamanisme, ni crypto-histoire, ni langue artificielle (interlinguistique) ... "Voyage imaginaire" ? "uchronie", "histoire alternative" (alternate history), histoire contrefactuelle ?
Chez Dujardin, pas de "lune" ou "d' antipodes" - mais n' a-t-on pas affaire à un cheminement analogue ? Son utopie/uchronie, c' est le Pagus Stampensis, dès lors, pourquoi ne pas le lire comme par exemple le "Voyage dans les terres australes" ? ; le traiter comme une complète création narrative et langagière, à l'aune de ses inventions onomastiques et toponymiques ; on serait alors dans une cohérence, non dans un délire. "Comment le mythe a pu tenir lieu d'histoire (...) "Comment la fiction a pu, sous la forme de dogmes, tenir lieu de science (...) ?  (Yaguëllo, p. 25)
"Les langues s'inscrivent dans un espace, celui du monde connu, mais aussi, quand l'imagination s'en mêle, celui d'un monde inconnu et invisible. Les langues s'inscrivent dans le temps, temps historique, mais aussi dans le temps mythique et utopique." (op. cit., p. 27)
Mais cela consisterait à ne pas voir, ne pas tenir compte de ses spécificités.
(cf Foucault, "qu'on ne rapporte plus le discours au sol premier d'une expérience ni à l'instance a priori d' une connaissance ; mais qu'on l'interroge en lui-même sur les règles de sa formation." (Archéologie du savoir, p. 105)
"le moindre énoncé - le plus discret ou le plus banal - met en oeuvre tout le jeu des règles selon lesquelles sont formées son objet, sa modalité, les concepts qu'il utilise et la stratégie dont il fait partie." (id., p. 192)
Et le problème de l' "illégitimité" d' un discours vis-à-vis de ceux auxquels à la fois il se rattache ou rapporte ; question du domaine de référence : ' je fais de l' histoire régionale et je veux insérer mes recherches et contributions dans le cadre des institutions qualifiées (: déclarées et reconnues) dont je fais moi-même partie ' (: A. Dujardin, membre de la Commission des Antiquités et des Arts de Seine-et-Oise). 
D' où aller voir du côté d'une typologie des discours (cf M. Foucault) pour éclairer les rapports entre pouvoirs et institutions. 
Il faut distinguer, - un discours qui se confronte délibérément à une doxa, dans la mesure où, par sa nature revendiquée, il trouve en elle à la fois son domaine propre tout en s' y heurtant de façon inattendue ; et, - un discours qui se "trompe de porte", postule une reconnaissance dans un domaine qui s'avère hétérogène, auquel il est finalement étranger. 
Par exemple, prétendre faire de l'histoire rationnelle, "objective", alors qu'on fait de l' histoire-fiction. Mais où sont les limites, les frontières ? Qui les trace ? Et, argument pour revendiquer une place pour Dujardin, les cartes sont maintenant pour le moins brouillées, les frontières des différents domaines des sciences humaines ont volé en éclat, ouvertures et démultiplications, macro/micro-histoire, démarches multiples, histoire-reconstruction ... Alors, au nom de quelle vieillerie conceptuelle, qui ne s' affiche plus de crainte du ridicule et par conviction d' avoir affaire à des ouvrages ridicules, les remisant au grenier des accessoires inutiles - curieux sens du temps pour des gens soucieux d'histoire, mais évacuant sans examen sérieux de véritables textes, effectivement hors normes, ce qui est trop pour d'étroits esprit cauteleux cantonnés dans une historiographie savante mais sans ouvertures ; - et de quel droit usurpé dénie-t-on toute possibilité d' existence à une oeuvre dont une des qualités est pour le moins d'être surprenante, passionnante, truculente et d'une créativité plus qu'étonnante, en tout cas ne sombrant pas dans l'ennui soporifique de studieuses études (sic) qui ne dérangent personne et ne font pas forcément avancer la perspective. 
Bien sûr, on peut provincialement s'auto-satisfaire d' écrire comme il y a un siècle, mais en 1904, Dujardin, lui, pouvait anticiper sur l'époque contemporaine en publiant des textes dont nous pouvons aujourd' hui mesurer l'intérêt, la richesse inventive, en regard des apports multiples des analyses modernes. 
Quel Michel Foucault nous offrirait l'équivalent pour Dujardin de son livre remarquable sur Raymond Roussel ? Eclairages d'oeuvres toujours ouvertes et dont les énigmes subsistent, non épuisables, signe d' une véritable écriture ; mais ça, ce n' est pas pour complaire à ceux qui se croient dans la raison du discours alors qu'ils ne savent pas que le passé leur sert d'alibi pour cautionner leurs parti-pris présents. Et on appelle ça faire de l' Histoire, alors que ce n' est que de la complaisance à soi-même, manière de satisfaire son ego particulier en l'alimentant de la généralité d'un savoir instrumentalisé, non dialectisé ni mis en perspective à travers l'apport des divers domaines de connaissance.
M. Foucault : "En d' autres termes, la description archéologique des discours se déploie dans la dimension d' une histoire générale ; elle cherche à découvrir tout ce domaine des institutions, des processus économiques, des rapports sociaux sur lesquels peut s'articuler une formation discursive ; elle essaie de montrer comment l'autonomie du discours et sa spécificité ne lui donnent pas pour autant un statut de pure idéalité et de totale indépendance historique ; ce qu' elle veut mettre à jour, c'est ce niveau singulier où l'histoire peut donner lieu à des types définis de discours, qui ont eux-mêmes leur type propre d'historicité, et qui sont en relation avec tout un ensemble d'historicités diverses." (Archéologie du savoir, p. 215) 
Mais qui, d'un côté, "autorise", définit, circonscrit ce qui sera admis auprès de telle obédience, de telle sorte que tel discours désormais reconnu sera admis à y prendre place ? - et, de l'autre, pratique l'exclusion, décrète l'inadmissible, jusqu' à l'éventuel anathème ? La manifestation des relations entre pouvoirs et institutions, complexes et perverses, monolithiques et inébranlables seulement en apparence (ralliements mais aussi sécessions, à passer sous silence ou discréditer), contrairement à ce que les potentats s' acharnent à faire croire (même élus démocratiquement, ils peuvent s'autoriser à trancher dans le vif sans qu'une opposition ne se manifeste, faiblesse, médiocrité ou lâcheté). 

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