Sur la photo d' une amie
" ... vous en faites pas, mes amis, je m' en charge" (- nous sommes au rouet)
Chère amie, ta photo est superbe, à la fois pour le sujet et la qualité de prise de vue. Il y a l'équivalent du motif (pour autant qu'on lui prête une forme évocatrice de ceci ou cela) dans des sculptures contemporaines, on peut faire une analogie avec deux corps tête-bêche greffés, enchâssés l'un dans l'autre. De multiples interprétations sont recevables (qui veut voir un pingouin, qui un crabe, c'est le prix à payer du passage au domaine public, restreint ou élargi ("Amis et amis des amis", "tout le monde" ...), l'intention de l'auteur est ce qu'elle est, on en tient compte ou pas, on peut s'amuser avec - voir les monochromes d' Alphonse Allais, "Ronde de pochards dans le brouillard", pas de quoi malgré tout décrédibiliser "La ronde de nuit", à quoi on ne connaît d'ailleurs pas de titre original - ou "Des souteneurs, encore dans la force de l' âge et le ventre dans l' herbe, boivent de l' absinthe".
Au moins on rigole un peu, chacun y va de son Boronali, on se repose des oeuvres canoniques qu'il faut se farcir pour se persuader qu'on s'y intéresse 'bien-que-toutefois' ... Enfin, l' "homme civilisé" se doit d'être "cultivé" ... -, tout en sachant que les arts, en l'occurrence "plastiques" ne peuvent être assimilés à un discours verbal. La peinture n'est pas un "langage", elle a des codes, une sémiologie, c'est différent. Bien sûr, l'auteur associe souvent un titre à son tableau ou sa sculpture, mais ceux-ci ne se résument pas aux intitulés, aux "légendes" imposés, ils s'y opposent souvent, ce que n'arrêtent pas de (dé)montrer les travaux modernes d'études de l'art ; - par exemple G. Didi-Huberman, "Devant le temps" entre autres, posant les notions de "montages de temps hétérogènes", de "configurations anachroniques" ; ce qui n'est pas du tout dans l'esprit ni la compréhension standardisées, confer, selon Jacques Le Goff, l'attitude attendue de l'historien : "si l'historien considère comme un lieu commun la multiplicité des temps, il n'en garde pas moins une tendance obstinée à vouloir unifier le temps." - Même chose pour l'art et la science, "on appelle un chat un chat", et si c'est un chien, il doit donner l'impression qu'il va aboyer. Il est vrai qu'avec les cubistes, futuristes, surréalistes et autres mouvements, l'art s'est mis à aboyer de travers, carrément dé-figuré, de quoi faire avaler ses cocktails de travers au grand public "cultivé", sauf s'il fait semblant, il faut bien montrer dans les vernissages qu'on fait partie de l'élite, qu'on est à Paris et pas en province (bien sûr, les temps ont quand même changé et la province fait désormais campagne pour les avants-gardes, institutions culturelles de région au garde-à-vous, ça rapporte pas mal de fonctions gratifiantes à tous points de vue quand on sait se placer (ah, important vous savez, le bon angle pour regarder une oeuvre ...), et on va pas se moucher dans les toiles, déjà qu'elles sont torchées ... De toute façon, on se fera une toile en sortant ! La rage engagée pour vitrifier une soi-disant cohérence rationnelle de la pensée déterministe a exercé ses ravages sur des générations imbues de scientisme, fausse rigueur évacuant tout autre approche et tout mode de pensée différent. Les grands "détenteurs du savoir" - savoir, lequel, le vôtre où l'on se vautre, ou quel autre, improbable ? - tiennent à deux mains, plus si affinités, les vantaux de leurs petites boutiques, - "Au fond, commerce, vantards éventails au choix" -, attitude mesquine et dérisoire de la part de ceux dont on attendrait davantage d'ouverture et d'élévation d' esprit. Mais désormais, tout cela est derrière nous, il faut être resté rivé à d'anciennes chimères (telle un croûte à son piton au salon des peintres-coiffeurs de la rue Croulebarbe) et se tenir frileusement à l'écart de complets renouvellements dans tous les domaines de connaissance, transformés à la fois en eux-mêmes et de plus en plus articulés en réseaux, pour se satisfaire des discours ânnonant un savoir facticement "bien ordonnancé", sans réel questionnement, artefacts uniquement destinés à conforter les idées que l'on avait au départ, présupposés-préjugés auxquels le "savoir" ne sert que d'alibi. Trouver fièrement à l'arrivée ce dont on était persuadé au départ, voilà un beau programme "scientifique" (Hugo, dans "L' Âne" écrivait, ' sci-ence ', "Écouter la façon dont l'homme fait hi-han !") très communément partagé, il permet d'éviter de véritables investigations, ce qui fatigue, diffère de façon ennuyeuse les futilités d'occupations dont on ne peut se passer parce qu'il faut bien "s'investir dans quelque chose" ; - toutes choses dont la valeur et l'intérêt ne sont pas interrogées, ne dépassent guère le stade du "ludique" - toujours avec un alibi quelconque, "savoir", "culture", etc. (je ne parle pas des footballeurs et de leurs meutes hurlantes et ravageantes, qui n'ont évidement pas besoin d'alibi) - mais, plus grave, retombent finalement dans un connu/convenu/rabâché dont on se demande comment peuvent s'en contenter des gens censés partager connaissances (oh, ça, brillantes, ténors en liste et en ligne) mais aussi réflexion. Enfin, tout le monde ne peut pas être Alexandre de Humboldt ou son frère Wilhelm, immenses esprit ouverts à l' universel dans leur hauteur de perspectives, leurs connaissances toujours renouvelées, jamais empruntées, leur capacité à étendre leurs vies et activités au monde lui-même, et pas au seul coin de la rue, sachant que midi n'était pas à leur porte et le mettant en application. Voilà pour tes insomnies, moi, "seul un sot me nie" !, - quelle fatuité et quelle prétention ...
Quant à ta photo, oui, je vais m' efforcer d' en faire une image, donc à suivre.
hfulgur.
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