lundi 9 mai 2011

CITATIONS À COMPARAÎTRE, MÊME DE FAÇON DÉTOURNÉE, II

Lettre à un ami au sujet de l'annonce d'une exposition à Bruxelles

oh, tu sais, cher Michel, il s' agit d'une des multiples infos sur les expos, ventes aux enchères, etc. que l'on trouve dans la presse générale (style : "ne manquez pas ce week-end ...") ou les revues, éventuellement spécialisées. L'annonce en question fait partie d' un grand nombre d'événements autour du livre regroupés dans les annonces d' une revue dont je suis devenu un adepte fidèle, vu son intérêt (enfin, pour moi) et sa grande qualité, il s'agit de Arts et Métiers du livre ; un des numéros, bien documenté et explicite était par exemple consacré à la bibliothèque de Mariemont. Il y a souvent des articles sur les livres d'artistes, les artisans relieurs traditionnels et modernes, divers styles d'illustrateurs, du plus courant (pour des chansons, les contes, les fables de La Fontaine, les livres pour enfants, etc.) au plus élaboré, créatif et expérimental. La revue paraît tous les deux mois, n'est pas trop onéreuse et en vaut la peine. 
Pour en revenir au fait lui-même après ces détours, il doit donc s'agir d'une expo-vente de lires rares et précieux ; tu me diras il y en a partout et en permanence, c'est la spécialité des salles des ventes et salons du livre ; - mais ici, l'intérêt m'est apparu du fait d'avoir lieu à Horta, je ne sais d'ailleurs pas s'il s'agit d' une annexe du musée lui-même ou bien d'un lieu associé ou apparenté d'une manière ou d'une autre. 
De toute façon, on n'est pas des girouettes - surtout moi en ce moment, je ne risque pas de m' envoler bien loin ... - et on ne va pas passer notre temps à courir après tout ce qui se présente. Mais, bon, quand je viens à Bruxelles, chaque lieu visité m'est presque toujours d'un apport positif, et pour citer deux exemples exceptionnels parmi d'autres, l'exposition de robes de la cour des Médicis conçue par Isabelle De Borgrave, ou celle de Luc Schuiten, l'architecte visionnaire concepteur de villes vertes de l'avenir, avec les Cités Végétales, expo-installation vue d' abord à Bruxelles puis retrouvée adaptée à Lyon.
Je pourrais citer maints autres exemples, Parcours d' artistes, les lieux et demeures Art Nouveau, Modern Art, la Maison Hannon que j' ai adorée, etc. 
En fait, ce sont souvent les grandes manifestations d'art qui sont souvent les moins intéressantes, étant de véritables fourre-tout où la démagogie et la complaisance l'emportent à mon sens sur une authentique créativité ; tout est bon quand il s'agit de dénoncer tel ou tel travers de la société, d'en montrer les excès ou les horreurs alors même que le débat politique, la polémique dans les médias et les pamphlets publiés le font très bien, c'est évidemment leur travail. Et quand tels ou tels artistes-installateurs, performeurs, vidéo-performeurs, qui veulent s'approprier le même terrain parce qu'ainsi ils sont sûrs de ramasser de l'audience facile, ils ne s' élèvent pas au-dessus de l'exhibition ou de la dénonciation triviales ; ce qui ne suffit pas pour accéder à la valeur d'oeuvre d' art.
Si "Les Grandes Misères de la guerre", de Jacques Callot, "Les Désastres de la guerre" et le sublime et bouleversant "Tres de Mayo" de Goya n'étaient que des documents dénonçant des abominations historiques particulières, ils ne se démarqueraient pas des images de reportage, qui sont (au-delà de tout anachronisme sur le mode de communication) l'instrument des organes d'information. S'il n'y a pas - ou plus - de différence entre le documentaire d'actualité et l'activité artistique au sens fort et majeur, cela signifie qu'on a perdu tout sens des valeurs, que, tout cruel, barbare, injuste, inégalitaire, déséquilibré et dégradé que soit le tableau du monde actuel, il n'apparaît plus que dans la banalisation qui place tout sur le même plan, décourageant l'esprit critique et encourageant un fatalisme tapi derrière les protestations, manifestations, coups de gueule des ténors de rues, auxquels se rallient tous ceux qui n'attendent qu'un coup de sifflet pour venir hurler en meutes contre les cibles standards des démagogues de tout poil. Alibis qui vous donnent l'impression d'exister, quoi ... 
Au lieu de véritable questionnement et de recherche personnelle, se masquer à soi-même en s'agitant vainement à travers les autres, miroirs-aux-alouettes qui vous débarrassent de votre propre conscience de sujet ; ouf, finalement, se contenter d'une agitation de marionnette manipulée, ce n'est pas si mal que ça, ne fait de mal à personne et déclenche le rire dans tout landerneau ; on me regarde gentiment d' un air paternaliste, ça fait du bien et rassure de se sentir coopté, j'ai du succès, j'existe ...

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