Fragmentaire et provisoire, ne reculant pas devant l' hésitation, l' approximation, les tâtonnements, peu enclin à la "consonance euchronique" (Didi-Herberman, Devant le temps, p. 13), à l' "histoire stratifiée" (p. 23), au "déterminisme historique", plus tenté par la "fécondité de l' anachronisme" dialectique, qui "traverse toutes les contemporanéités"(p. 15). La question étant celle de "l' heuristique de l' anachronisme": comment une démarche à ce point contraire aux axiomes de la méthode historique peut-elle aboutir à la découverte de nouveaux objets historiques ? (p. 21)
" - Pendant que vous étiez en vie, messieurs, reprit-il, vous avez vu partout le passé représenté par l' HISTOIRE, le présent par la LOI, l' avenir par la RELIGION ; et vous avez été, selon vos goûts, hommes de pensée, d'action ou d'espérance ; érudits, notaires ou prêtres ; dupes, fripons ou honnêtes gens par spéculation !... Vous voilà maintenant tous ici sans savoir comment ni pourquoi ; vous n' êtes pas plus clairvoyants, couchés, que vous ne l' étiez debout ; seulement vous apercevez, à la lueur des ténèbres, qu' il est absurde de s'occuper du passé. L' HISTOIRE est une plaisanterie permanente dont le sens échappe. Elle raconte les faits ou les convertit en systèmes. Or, il n'y a pas de fait qui n'ait été contredit, pas de système qui n'ait été combattu. Cependant, l'histoire a rendu des services à l'humanité : d'abord, les académiciens, les historiogryphes et les libraires en ont fait une citerne à puiser des écus et des pensions ; puis elle a encouragé les tyrans à toujours couper la tête des gens de bien, et les peuples à se révolter ; imitation périodique, par laquelle les peuples s'entretiennent en mouvement, et qu' ils appellent progrès des lumières ... "
Balzac, La Comédie du diable.
- pas vraiment progressiste, Balzac, mais toujours intéressant, grande acuité du regard, finesse et pertinence d'analyse. Par exemple, sur le plan socio-économique, Les Paysans (*) vont bien au-delà de La Terre de Zola, fantasmagorie sur fond de théories naturalistes et de méthode expérimentale.
(* où n'apparaissent pas les lubies conceptuelles de Balzac, messmérisme, phrénologie et visions swedenborgiennes).
" - Pendant que vous étiez en vie, messieurs, reprit-il, vous avez vu partout le passé représenté par l' HISTOIRE, le présent par la LOI, l' avenir par la RELIGION ; et vous avez été, selon vos goûts, hommes de pensée, d'action ou d'espérance ; érudits, notaires ou prêtres ; dupes, fripons ou honnêtes gens par spéculation !... Vous voilà maintenant tous ici sans savoir comment ni pourquoi ; vous n' êtes pas plus clairvoyants, couchés, que vous ne l' étiez debout ; seulement vous apercevez, à la lueur des ténèbres, qu' il est absurde de s'occuper du passé. L' HISTOIRE est une plaisanterie permanente dont le sens échappe. Elle raconte les faits ou les convertit en systèmes. Or, il n'y a pas de fait qui n'ait été contredit, pas de système qui n'ait été combattu. Cependant, l'histoire a rendu des services à l'humanité : d'abord, les académiciens, les historiogryphes et les libraires en ont fait une citerne à puiser des écus et des pensions ; puis elle a encouragé les tyrans à toujours couper la tête des gens de bien, et les peuples à se révolter ; imitation périodique, par laquelle les peuples s'entretiennent en mouvement, et qu' ils appellent progrès des lumières ... "
Balzac, La Comédie du diable.
- pas vraiment progressiste, Balzac, mais toujours intéressant, grande acuité du regard, finesse et pertinence d'analyse. Par exemple, sur le plan socio-économique, Les Paysans (*) vont bien au-delà de La Terre de Zola, fantasmagorie sur fond de théories naturalistes et de méthode expérimentale.
(* où n'apparaissent pas les lubies conceptuelles de Balzac, messmérisme, phrénologie et visions swedenborgiennes).
G. Didi-Huberman, DEVANT LE TEMPS, 2. L'IMAGE-MALICE HISTOIRE DE L'ART ET CASSE-TÊTE DU TEMPS - L' HISTOIRE DE L' ART EST TOUJOURS À RECOMMENCER :
"Lorsque Benjamin écrit qu' "il n' y a pas d' histoire de l' art", il ne veut dire, me semble-t-il, ni que les oeuvres d'art sont intemporelles (... /note 6), ni que l' histoire de l'art comme discipline n'a pas le droit à l'existence. Dire qu' "il n' y a pas d'histoire de l'art", ce n' est pas ici exprimer une sentence définitive d' inexistence. C'est exprimer d'abord une exigence, un désir à tout le moins : que l'histoire de l'art commence à exister, ou plutôt recommence. Et qu'elle recommence à exister sous la forme, écrit Benjamin, d' une "histoire des oeuvres elles-mêmes (...)." (p. 87)
"Côté histoire, Benjamin exige qu'on en finisse avec la sempiter-nelle et fallacieuse consécution des "causes" - ou "paternités", ou "influences" - et des "effets". L'histoire de l'art finit par nier la temporalité même de son objet en l'assignant à la "seule forme de la causalité", suivant la leçon historiciste commune". Mais les oeuvres d'art, dit Benjamin, ont bien une "historicité spécifique" (...) : elle ne s'exprime pas sur le "mode extensif" (...) d'un récit causal ou familial d'un récit vasarien, par exemple. Elle ne se réduit pas à une histoire naturelle. Elle se déploie multiplement sur le "mode intensif" (...) qui, entre les oeuvres, "fait saillir des connections qui sont intemporelles (...) sans être pour autant dénuées d' importance historique"... d'où l'aspect monadique - au sens leibnizien - de cette historicité propre aux oeuvres d'art." (p. 88)
"(...) dans une "note provisoire" intitulée "Peinture et graphisme" : "une recherche de modèles temporels nouveaux destinés à périmer le récit causal aussi bien que la téléologie et la "théorie du progrès."(p. 89)
Histoire "évolutionniste" : on remonte dans le passé - : l'explorer, le mettre à jour, l'élucider, le clarifier, l'expliciter, le commenter, l'interpréter - pour ensuite, itinéraire inverse, cette fois dans le - "bon" - sens du Temps, revenir au présent, temps du Progrès, celui des connaissances, de l' intellection et de la conscience.
Histoire "téléologique", "finaliste" : les faits sous les faits, "les mots sous les mots" (cf Starobinski / Saussure).
Mais chez Dujardin (nous y re-voilà ...), la "couche" d' objets, d'événements, de faits, de mots (: onomastique, toponymes) soulevée et appliquée au champ considéré - l' Étampois - n'appelle aucune justification dans les affirmations et les interprétations proposées : un paradoxe, en regard de sa volonté de complète justification et légitimation de la perspective d'ensemble elle-même. "Ni queue, ni tête" ? - voilà la perspective ouverte par Dujardin en marge du discours historien établi, qui lui, de la queue du passé à la tête du présent, n' est pas à l' abri des tête-à-queue.
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