samedi 1 octobre 2011

PROPOS ... À PROPOS DE DUJARDIN, 13

"Chaque mot est hanté par ceux qui lui ressemblent" (Michel Butor, "Les mots dans la peinture")



                                 Etampes, Notre-Dame du Fort, portail royal
                              in  Auguste Rodin, Les cathédrales de France

Projet en cours
Finalité :
Une autre manière d' aborder Dujardin, les Estampes, etc. : 
- sortir de la volonté obstinée d' expliquer le texte, de s' évertuer à en surmonter les apparentes contradictions et impasses (descriptions objectives vs interprétations irrecevables) qui s' opposent à la compréhension du lecteur, de superposer d' acrobatiques élucidations aux improbables affirmations toponymiques et onomastiques ;


                                              Le Veilleur de l' Estampois                            
- pour cela, faire "jouer" le discours en juxtaposant texte et images selon différentes composantes à la fois convergentes, compatibles et ouvrant l'interprétation, formulations, proverbes, légendes, intitulés, etc. ; ceci sur le modèle du rébus (**) - procédé mentionné par Dujardin lui-même -, afin donc de dépasser les contradictions entre types de discours, rationnel/irrationnel, et domaines de références hétérogènes, historiographie du réel vs littérature de fiction, plus précisément description de terrain/discours historique vs pure littérature. 




                                            

La zone de transition entre la description du terroir et la fiction étant le discours d' interprétation des données observées et prises en compte, interprétations que l'on peut assigner globalement à deux domaines :
- données historiques (espace géographique / temps historique) 
- données lexicales (toponymiques, onomastiques).       
        
                                             Le Veilleur de l' Estampois                              

Il s' agit donc, sans dénaturer le texte de Dujardin, de le "mettre en circuit", de le faire fonctionner en "système", en prenant en compte ses propres options, avec l'ensemble des discours auxquels on peut l'associer sans que ceux-ci ne soient sollicités comme outils d'analyse extérieurs ou dans le cadre d'analogies comparatives également externes.
Ce qui rend légitime et opérante une telle démarche de mise en circuit est le contrepoint apparent et maximum dans Dujardin, qu'il s' agit de ne pas (/plus) traiter comme composite/contradictoire et taxé d'incohérence, mais constitué d'éléments non plus à opposer mais à faire jouer ensemble. 
Les sources d' inspiration de cette perspective adoptée sont multiples ; je pense par exemple à l'ouvrage de Michel Butor, "Les mots dans la peinture", dans lequel il montre l'association ou la proximité entre les images et diverses formes textuelles dans la peinture ancienne et moderne, titres, devises, proverbes (*), sentences, légendes, signatures, datations, localisations, dédicataires, etc. Il mentionne d' ailleurs également "l'art du rébus" (**). 
Mais depuis l'émergence de la "nouvelle critique" (critique littéraire/ linguistique/socio-anthropologie, histoire de l'art, ...), des courants modernes d'histoire, on dispose de suffisamment de cautions et d'instruments pour établir une approche, sans doute difficile et problématique, d'un texte qui résiste à l'analyse et, bien heureusement, à ses évacuateurs. Au-delà de sa non-cohérence (et non pas incohérence), toutes les sortes de décalages repérables, temporels (anachronismes), spatiaux, sémantiques (***) font jouer le texte de l'intérieur à l'extérieur de lui-même, fondant une démarche permettant de le "réhabiliter", de le remettre en circulation et d' en finir avec sa mise à la trappe.

                                              Le Veilleur de l' Estampois                                


(*: voir les développements sur les douze médaillons de Bruegel l'Ancien, ensuite décomposés en scènes "reliées à 92 proverbes ou expressions de l'époque" (p. 57) ; "Les proverbes de Bruegel nous invitent à prononcer la phrase ou la tournure qui leur a donné naissance, le sens des mots s'y détache du lieu commun où il s'était endormi, donnant ainsi naissance à une sorte de théâtre où le langage courant se reconstitue, se rajeunit". (p. 72) ; "... pour quelque raison que ce soit, jeu, religion, publicité, je puis remplacer tel nom par son équivalent phonique, soit en prenant un homonyme, mot pour mot, soit en décomposant la sonorité du mot long en plusieurs homonymes partiels accolés (...)" (p. 73)

(** : "Un des aspects les plus intéressants de l'art du rébus est le fait que les lettres et parfois les mots, lorsqu'on renonce à les traduire, ou même les fragments de mots (...), y sont traités exactement comme les objets qui les accompagnent, ce qui fait éclater dans ceux-ci leur caractère de figure, de représentation, oblige à commencer à leur égard une interprétation, une lecture." - "Les mots dans la peinture", p. 76)

(***: ainsi, le débat conflictuel mais non sans saveur sur le sens de "ville" et "cour" dans le texte de la conférence d' Étampes "DU RÔLE DES HÔPITAUX, MALADRERIES, MAISONS DU TEMPLES (sic), GÎTES ROYAUX DANS L' ESTAMPOIS", par A. Dujardin, publié en 1910, à la suite de "LE PASSÉ RELIGIEUX DE L' ÎLE DE FRANCE CONNU PAR LE SYMBOLISME ET LA TOPONOMASTIE LES ESTAMPES SERVANT À LA DÉMONSTRATION" - OUVRAGE QUI COMPREND ÉGALEMENT "PEINTURE DE LA SALLE FÉODALE DES PLAIDS À ESTAMPES".)



                                                                       
                                           Etampes, Notre-Dame du Fort
                                in  Auguste Rodin, Les cathédrales de France                     

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