"Comme le traducteur qui élimine la distance langue, culture, histoire pour faire comme si le texte venait d'être écrit dans la langue d'arrivée pour son lecteur en traduction. Pseudo-pragmatisme, qui manque toute la littérature. Quelque chose qui déborde le Signe traverse les langues, les époques, inexplicablement. Le passé a de l'avenir, imprévisiblement." Henri Meschonnic, Modernité modernité (Folio essais 134, p. 136-137)
- l'oblitération/évacuation de Dujardin : non-reconnaissance de l' historicité du discours, au nom de l' Histoire, en fait la clôture d'un historicisme.
Mais la faille vient d'un discours qui s'inscrit lui-même d'emblée dans le cadre "historique", contre-sens mutuel des deux instances postulantes, Dujardin contre la doxa de la société historique, qui se disputent l' Histoire et dans l' "Histoire".
Etrangeté du cas, hors norme en ce sens, irrésoluble de par ses ancrages, sans mises en perspective possibles. Si Dujardin avait "tourné" son texte en une fiction uchronique, il n'y aurait pas eu cette aporie, un enlisement, l'effet d'une double cécité ; dommageable double incompréhension par le quiproquo d'assignations ratées. "Tourné" en une perspective différente, la pleine modernité inventive de Dujardin pourrait apparaître, à l'instar d'autres 'ovni' littéraires, tel par exemple et spectaculairement Raymond Roussel ; le fait des authentiques créations. Mais il y a des deux côtés une même option, celle d'un "je n'invente rien, ce sont les autres qui inventent" - où "inventer" est péjoratif, symptôme sans doute de l'ignorance délibérée qu' inventer est aussi découvrir. Mais certains préfèrent recouvrir ...
de "Chat mar andes (*)" en 'chat maille ries' ; - maille à partir (et à démêler ...) :
(*: Dujardin, pour Chamarandes - anciennement Bonnes**, près d'Étampes ; - Eric Vial, "Les noms de villes et de villages", p. 86 : Randa, limite en gaulois, a donné RANDAN (PdD), Camaranda, chemin frontière avec le gaulois cam-, chemin, a donné CHAMARANDE(S) (Essonnne, HM)" - Dauzat, "Les noms de lieux", p.105 : "(...) randa (limite) est celtique"; E. Nègre, "Les noms de lieux en France", p. 40 : "Le mot *randa, "limite", qui semble avoir été commun au gaulois et au germanique, entre dans la composition de *camaranda "chemin frontière", qui a formé Chamarandes (H. Marne), Chamarande (Charente, Loire, H. Savoie), Chamerande (St Bénigne, Ain)."
"Chat mar andes" : Dujardin, Estampes, p.406 : "CHAMARANDES a un effet trintaire égal au privilège de Chat l' o saint mar (note 3); la signification des Andes a été donnée par les galles-andes et saint aubin (note 1). Ici c'est le chat et mar approchés ; andille, petite membrane, andeux, vieux mot qui signifie être ensemble et ce qu'ils forment est un martroy, martray. Ce qui va être montré par les trois natures d'eau qui composent le ru de CHAT MAR ANDES." ; - et 'ANDES', p.467 : "... les GALLERANDS (note 1 : "voir Andonville, Gallerande, Chatmarande.") sont des galles ou filles à ander, à être liées, engagées avec les anges, andegavi (...)".
** Estampes, p.404 :"BONNES titrée (note 3), sur le chemin de l' ADRESSE (ancien grand chemin), eût une destinée, a été visée et perdit ainsi son nom, échangé en celui de CHAMARANDES. (...) Par lettres patentes du 5 avril 1686, le nom de Bonnes fut changé en celui de Chat mar andes. (...) /citation :/ "Bonne était une vierge, qui n'ayant pas reçu de baptème, était entrée dans un couvent ..." (etc.).
"Chat mar andes" : Dujardin, Estampes, p.406 : "CHAMARANDES a un effet trintaire égal au privilège de Chat l' o saint mar (note 3); la signification des Andes a été donnée par les galles-andes et saint aubin (note 1). Ici c'est le chat et mar approchés ; andille, petite membrane, andeux, vieux mot qui signifie être ensemble et ce qu'ils forment est un martroy, martray. Ce qui va être montré par les trois natures d'eau qui composent le ru de CHAT MAR ANDES." ; - et 'ANDES', p.467 : "... les GALLERANDS (note 1 : "voir Andonville, Gallerande, Chatmarande.") sont des galles ou filles à ander, à être liées, engagées avec les anges, andegavi (...)".
** Estampes, p.404 :"BONNES titrée (note 3), sur le chemin de l' ADRESSE (ancien grand chemin), eût une destinée, a été visée et perdit ainsi son nom, échangé en celui de CHAMARANDES. (...) Par lettres patentes du 5 avril 1686, le nom de Bonnes fut changé en celui de Chat mar andes. (...) /citation :/ "Bonne était une vierge, qui n'ayant pas reçu de baptème, était entrée dans un couvent ..." (etc.).
Par la pulvérisation des dénominations, dans le langage (et la langue, entièrement gagnée par l'onomastique dujardinienne, qui devient une archéolangue, destinée à s'imposer comme la seule langue, la langue de la vérité restituée), l' Histoire sombre en elle-même ; l'autre histoire, celle inventée (= re"découverte") est en fait paradoxalement la même, son double, puisqu'il s'agit d'un rétablissement. Et les extrêmes se rejoignent, lorsque la chamaillerie oppose les tenaces tenants de l' Histoire rapportée au présent (*) à qui la renvoie à un passé immémorial, double aporie où chacun devient par la confrontation l'image renversée de l'autre. En quoi Dujardin faisait peser une menace sur l' Histoire institutionnelle ; son rejet/évacuation n'y est pas pour rien.
(*: "Aujourd'hui la modernité n'échappe pas plus que les autres à l'illusion du point de vue que l'histoire mène jusqu'à nous. Ne prend son sens que par nous. L'invention devient clôture."-H. Meschonnic, "Modernité modernité"", folio essais 234, p.133)
(*: "Aujourd'hui la modernité n'échappe pas plus que les autres à l'illusion du point de vue que l'histoire mène jusqu'à nous. Ne prend son sens que par nous. L'invention devient clôture."-H. Meschonnic, "Modernité modernité"", folio essais 234, p.133)
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