samedi 21 avril 2012

NOUVELLES ' FLORE '



J'ai un problème avec les noms ; les dénominations, manières de qualifications. Meschonnic dit : "L'absence de nom est une force." (: Le nom de notre ignorance, la Dame d' Auxerre, p. 78 : "... ce qu 'il y a à la fois de familier et d'insupportable dans ce surnom, ce postiche, "la Dame d'Auxerre", sinon que cette appellation revient subtilement à une absence de nom."). L'anonyme. Il cite Rilke, pour les Bourgeois de Calais, à propos de Rodin : "il sentit aussitôt qu'il y avait dans cette histoire un instant où quelque chose de grand se produisit, quelque chose qui ne savait rien ni du temps ni des noms, quelque chose d' indépendant et de simple."
 

L'anonyme : "chef-d'oeuvre ... insaisissabilité". Car le nom circonscrit (: enferme), délimite (: limite), définit (: finit), réduit ; - que "du montré", donc du démontré : au risque de ne laisser qu'une rhétorique, la clôture au lieu de l'"inachevé", du "fusionnel entre le cosmique et l'humain" ; - le "sacré" au-delà du massacré. Le nom - titre, légende - installe une narrativité convenue, attendue, voile l'historicité du sujet traversé traversant le temps dans son présent : "l'historicité, c'est-à-dire non plus seulement la réduction du sens aux conditions de production du sens (*), mais la capacité du sens, tout en portant sa date, de continuer son action, indéfiniment, et d'être capable d'être présent au présent." (p. 34)
Il doit y falloir une ascèse, je n' y atteins pas.
(*:  c' est "l' historicisme")

Autrement ambitieux, davantage profane, "reconnaître le monde, affirme Nietzsche (**) (...), c'est d'abord s'attacher à le rendre problématique"; ici, l'enjeu est "un choix raisonné, une "combinaison"... un "montage" de choses diverses et confuses qui "ingénieusement disposées, permettent à une image peinte ou gravée de toucher l'universel."
(** cité par Didi-Huberman, Atlas ou le gai savoir inquiet
, p. 109)
Selon Louis Marin ("Utopiques : jeu d'espace"), "Les hétérotopies
(***) inquièteront sans doute parce qu'elle empêchent de nommer ceci et cela, parce qu'elles brisent les noms communs ou les enchevêtrent, parce qu'elles ruinent d'avance la "syntaxe" et pas seulement celle qui construit les phrases - celle moins manifeste qui fait "tenir ensemble" (à côté et en face les uns des autres) les mots et les choses." (Didi-Huberman, p. 69)
(***: juxtapositions aléatoires d'images, par exemple dans les planches du Bilderatlas Mnemosyne de Aby Warburg).

Et il faut "(...) trouver les mots malgré tout pour cette expérience, trouver les jeux de langage capables d'accorder malgré tout cette expérience à notre pensée. L'image ne vaut que pour autant qu'elle est capable de modifier notre pensée, c'est-à-dire de renouveler notre propre langage et notre connaissance du monde. C'est comme lorsque Jean Genet, devant les auto-portraits de Rembrandt, se met à écrire : "Il rigole, il se marre", et non pas "Il sourit, il rit". Car, dans "rigole" et dans "marre", il y a aussi la peinture même de Rembrandt, sa touche, son geste pictural qui provoque en effet, sur la toile, des "rigoles" ou des "mares" de pigment ..."


"On regarde donc bien avec des mots, à condition que ces mots composent une poétique, une possibilité d'approcher avec des mots ce territoire de l'image qui échappe au discours." (p. 87)
"Or, cette autorité engage une cohérence culturelle fixant, justement, la forme des rapports entre les choses vues et les mots énoncés. Le tableau serait alors un espace pour la possibilité de voir ce qu'on ne pourra pas dire par la suite ni voir à distance si les choses et les mots, distincts les uns des autres, ne communiquaient d'entrée de jeu en une représentation." (p. 68)
 
Ce à quoi je m'essaie, en toute indépendance sinon simplicité, et au risque de dérouter, mais, plus grave, d'une déroute de par la gratuité du jeu de langage doublant celle de l'image, par exemple dans mes : "Archi'''boldô - Pop' aux roses", "With Witch ... Which is Witch", etc.
Il y faut sans doute de la désinvolture, peut-être même de l'irresponsabilité, ou en fait une inévitable incertitude, le prix à céder au "démon de l'analogie". 







1 commentaire:

  1. J'ai un problème avec les noms. Les dénominations, manières de qualifications. Meschonnic dit : "L' absence de nom est une force." (: "Le nom de notre ignorance, la Dame d' Auxerre", p. 78 : "... ce qu 'il y a à la fois de familier et d' insupportable dans ce surnom, ce postiche, "la Dame d' Auxerre", sinon que cette appellation revient subtilement à une absence de nom."). L' anonyme. Il cite Rilke, pour les Bourgeois de Calais, à propos de Rodin : " il sentit aussitôt qu'il y avait dans cette histoire un instant où quelque chose de grand se produisit, quelque chose qui ne savait rien ni du temps ni des noms, quelque chose d' indépendant et de simple."
    L' anonyme : "chef-d' oeuvre ... insaisissabilité". Car le nom circonscrit (: enferme), délimite (: limite), définit (: finit), réduit ; - que "du montré", donc du démontré : au risque de ne laisser qu' une rhétorique, la clôture au lieu de l' "inachevé", un "fusionnel entre le cosmique et l' humain", le "sacré, " au-delà du massacré. Le nom - titre, légende - installe une narrativité convenue, attendue, voile l' historicité du sujet traversé traversant le temps dans son présent : (l' historicité) c'est-à-dire non plus seulement la réduction du sens aux conditions de productions du sens (*), mais la capacité du sens, tout en portant sa date, de continuer son action, indéfiniment, et d' être capable d' être présent au présent." (p. 34) (*: c' est "l' historicisme")
    Il doit y falloir une ascèse, je n' y atteins pas.

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