A l' épreuve de l' "anachronisme"
"A. Dujardin (érudit local étampois, qui paraît avoir été atteint de troubles mentaux altérant ses facultés interprétatives, mais dont la lecture livre parfois des renseignements qu'on ne trouve pas ailleurs)" (Corpus étampois)
"Ce que nous appelons religions pantomimées hydographi- quement, a le pagus stampensis pour théatre, où tout se trouve imagé, estampé sur la terre par ses monts, ses vallées, ses rivières auxquels des noms attributifs sont donnés. Les acteurs sont fournis par les saints, (...) chapelles, croix, fontaines etc. Les emplois qu'ils remplissent sont indiqués dans les actes de leur vie" (A. Dujardin, Estampes mythologiques)
"La ville d'Etampes (... et Morigny) groupe six monuments du XIIè siècle. A ceux-ci s'ajoutent des annexes construites au XVIè siècle et une crypte à chapiteaux grossièrement sculptés bien antérieure au IXè siècle. (...). Lorsque l'on voudra en approfondir l'étude, ces grimacières, ces formes chimériques comparées entre elles, répétées sur des monuments consacrés à tels saints ou associés à des animaux symboliques, ces grimacières, dis-je, parleront, car elles font de l'histoire mimée." (et p. 21: "(...) les dénominations territoriales, ainsi que les noms des seigneurs du lieu, leur titre, leur armorial ont été donnés pour répondre à un enseignement à perpétuer. L'action, la partie animée est fournie par l'eau d'une façon apparente ou cachée." ; - mais (p.11): "Ce qui n'a pu être rendu par les images naturelles de la terre, y fut suppléé par les chartes, les fondations, les réformes faites par les rois de droit divin.") (op. cit.)
"Ce que nous appelons religions pantomimées hydographi- quement, a le pagus stampensis pour théatre, où tout se trouve imagé, estampé sur la terre par ses monts, ses vallées, ses rivières auxquels des noms attributifs sont donnés. Les acteurs sont fournis par les saints, (...) chapelles, croix, fontaines etc. Les emplois qu'ils remplissent sont indiqués dans les actes de leur vie" (A. Dujardin, Estampes mythologiques)
"La ville d'Etampes (... et Morigny) groupe six monuments du XIIè siècle. A ceux-ci s'ajoutent des annexes construites au XVIè siècle et une crypte à chapiteaux grossièrement sculptés bien antérieure au IXè siècle. (...). Lorsque l'on voudra en approfondir l'étude, ces grimacières, ces formes chimériques comparées entre elles, répétées sur des monuments consacrés à tels saints ou associés à des animaux symboliques, ces grimacières, dis-je, parleront, car elles font de l'histoire mimée." (et p. 21: "(...) les dénominations territoriales, ainsi que les noms des seigneurs du lieu, leur titre, leur armorial ont été donnés pour répondre à un enseignement à perpétuer. L'action, la partie animée est fournie par l'eau d'une façon apparente ou cachée." ; - mais (p.11): "Ce qui n'a pu être rendu par les images naturelles de la terre, y fut suppléé par les chartes, les fondations, les réformes faites par les rois de droit divin.") (op. cit.)
Commentaires :
"L'anachronisme est un risque dialectique, mais ce risque - ce forçage, ce détour, cet artifice dangereux - en vaut bien la chandelle : il ne s'agit ni plus ni moins que de lever un obstacle épistémologique et d' ouvrir l'histoire à de nouveaux objets, à de nouveaux modèles de temporalité". (G. Didi-Huberman, Devant le temps, p. 183)
Question d'inventer un "espace discontinu" ; " Les rapports entre continuité et discontinuité, identité et différence, sont ici (*) inversés - subvertis (...)"
(*: il s'agit ici de l'histoire de l'art, du cubisme par rapport à la peinture traditionnelle ; mais cela me semble tout-à-fait transposable à des phénomènes de discours, et sensiblement à l'"intouchable" saga de l' histoire, parce que dans ce domaine qui touche à la "réalité" des faits sociaux passés et à leurs prolongements aux enjeux politiques dans le présent, si on bouscule le dualisme, soit la dichotomie objectif/réel/attesté vs subjectif /inventé/affabulé, on est confronté à des réactions plus marquées que dans des domaines aux enjeux à tort ou à raison moins exposés : "Ébranler le monde figuratif, cela revient à mettre en question les garanties de l'existence." (Carl Einstein, notes sur le cubisme ; cité par Didi-Huberman, op. cit., p. 190) ; la formule transposée a légitimement pour équivalent : "ébranler le tableau historique, cela revient à mettre en question les garanties de l'existence."
Dans cette perspective - à mon sens, une avancée permettant peut-être de libérer un créneau de reconnaissance pour Dujardin - son discours apparaît dès lors comme une forme d' a-causalité (Carl Einstein), faisant voler en éclat "l'identité des objets" (de l'Histoire comme de l' Art) : "L' épreuve de l'anachronisme joue ici comme une preuve que "l'histoire n'est pas unique" (G. Didi-Huberman op. cit., p. 212) ; réhabilitation si l'on veut (sans qu'il soit question de passer sous les fourches caudines de l'historiographie académique, qui ne va pas abandonner son champ de manoeuvre au profit d'une "contre-histoire" (*), si tant est que c'eût été le projet de Dujardin), passant par le processus de l'"image dialectique" ; une proposition, soit à considérer que, dans Dujardin, "l'origine et la nouveauté se combinent dialectiquement" (p. 175).
(* : une "contre-histoire de l' Étampois ; - plutôt qu'"histoire secrète de ...", ou "histoire souterraine ..." ; justement, ce qu'on ne veut pas voir, c'est qu'il n'y a rien de secret ou de souterrain chez Dujardin ... ; tout est à lire, sans rien de caché, inutile de chercher d'improbables déchiffrements ou, au contraire, de jeter les fruits avec le jardin . Encore faut-il apprendre à lire autrement qu'à travers les injonctions de l'Académie. Et puis, il y a d'autres cas d'incapacité à lire, comme pour Maurice Scève, dont la Délie est réputée obscure, ce que conteste Henri Meschonnic, un voilà un qui vous apprenait à lire !
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