dimanche 6 novembre 2011

PROPOS A PROPOS DE ... DUJARDIN, 14

 Retour sur ... QUINQU' EMPOIX 


  1. De "Quinqu'empoix" (*) en "tourne-vis" ... 
  2. (* voir blog, " Propos à propos de ... ' A. Dujardin (1) " 

Estampes mythologiques :
(p. 204 :) "Le Thibauld, qui a la beauté du diable, il blas-femme (sic), procure un roi. Dans le haut moyen-âge, la punition des ribaux était la mise au blasme, au carcan, c'est ce que faisait le SEIGNEUR DE SAINT-CYR, seigneur également de laTHIBAUDERIE, où il y avait une vieille tour ruinée, le CARCAN, lequel seigneur joignait à ses titres celui de  QUINQU' EMPOIX  V (*) coin, dard qui empoise." 
(p. 418:) "(...) le V quin, qui empoix"
(p. 479:) "Dans la roue de ROUINVILLIER, à côté d' EZRVILLE, est QUINQU' EMPOIX, ce qui empoix est le chinq le coin V (ici, note 2 que je passe), on y trouve LES FIEFS et une chapelle de la MAGDELEINE (détruite) (note 3, je passe aussi), fiefs qui indiquent qu'il y a eu un engagement de contracté. BOIS CHAMBAULD est où l'on est couvert, champ représente la femme, touche ici à QUINQU' EMPOIX, d'une part, et d'une autre au BOIS FEUILLÉ où l'on ne doit pas aller quand on a peur des feuilles ; bois vert où les feuilles sont vues à l'envers (note 4) (...) "Le nom, les armoiries et lieux dits ci-dessus sont parlant et se rapportent aux filles de l'abbaye de la Joie qui par QUINQU' EMPOIX et BOIS CHAMBAULD ont de l'eau d'Abbeville, cette paroisse venant jusqu'à ROINVILLIER."
(* : " V ", mis ici pour un V renversé, pointé à droite, en coin patté)

Le texte ci-après de Umberto Eco commentant Joseph de Maistre me semble susceptible d'éclairer "de biais" ce bel exemple de traitement des toponymes de la part de Dujardin. J' émets toutefois une réserve en ce qui le concerne quant à une éventuelle "réaction névrotique", à l'instar de la suspicion de faiblesse mentale dont il a été taxé. 
   

Umberto Eco, De l' arbre au labyrinthe ; " Un retour à Isidore : les étymologies de Joseph de Maistre "

" Raffaele Simone suggérait qu'une grande partie des recherches sur une langue parfaite est issue d'une sorte de réaction névrotique, de déception insupportable, du fait que nos langues ne nous fournissent pas de connaissance intuitive de l'être et du mystère. Il en est certainement ainsi. Dans la tradition légitimiste, l'assertion de la sacralisé de la langue ne vise pas à reconstruire une langue originelle qu'à en retrouver les traces dans nos langues naturelles. Ce faisant, on entend avant tout mettre en crise les prétentions matérialistes de toutes les hypothèses polygénistes épicuriennes et rejeter toute  théorie conventionnalisme comme une manière de séparer le langage de la source même de la vérité. 
Comme il est difficile de démontrer linguistiquement qu'il existe un rapport entre les mots et l'essence des choses (à cause également de la pluralité des langues), le chemin suivi par les monogénétistes n'est pas très différent de celui des étymologistes les plus fantaisistes du passé, Isidore de Séville en tête. Le fait que nombre de ces étymologies reviennent encore dans certains discours contemporains (voir Heidegger) est seulement le signe de la résistance d'un rêve - ou peut-être d'un besoin impérieux d'avoir un contact avec l' Etre."

" Pour démontrer l'agilité des langues naturelles, Maistre ne peut éviter de recourir à une autre notion, apparue au XVIIIè siècle : celle de "génie" des langues. Notion qui, elle-même, rappelle celle de polygénèse, ou de développement autonome, et qui n'est conciliable avec aucune hypothèse monogénétique. (Eco cite à nouveau J. de Maistre : "... le prodigieux talent des peuples enfants pour former des mots (...). Chaque langue a son génie /*/, et ce génie est UN, de manière qu'il exclut toute idée de composition, de formation arbitraire, et de convention antérieure." - Et :
"De ces trois mots, par exemple CARO, DataVERMIBUS, ils ont fait CADAVER, chair abandonnée aux vers. De ces autres mots, MAGIS, NOet VOLO, ils ont fait MALO et VOLO, deux verbes excellents que toutes les langues et la grecque même peuvent envier à la latine. (...)"; "Les Français ne sont point absolument étrangers à ce système. Ceux qui furent nos ancêtres, par exemple, ont très bien su nommer les leurs ANCÊTRE par l'union partielle du mot ANCien avec celui d' ÊTRE, comme ils firent BEFFROI de Bel EFFROI. Voyez comment ils opérèrent jadis sur les deux mots latins DUet IRE, dont ils firent DUIRE, aller deux ensemble, et par une extension très naturelle,menerconduire. Du pronom personnel SE, de l'adverbe relatif de lieu HORS, et d'une terminaison verbale TIR, ils ont fait SORTIR, c'est-à-dire SEHORSTIR, ou mettre sa propre personne hors de l'endroit où elle était, ce qui me paraît merveilleux."
(U. Eco commente :) " Ce passage présente deux contradictions. Dans la première partie, le fait que deux langues aient évolué à travers des règles morphologiques différentes institue éventuellement (...) un argument contre le monogénisme. Dans la seconde, avec une citation explicitement tirée d' Isidore /de Séville/, Maistre tente la carte de l'étymologie. L'étymologisme des monogénétistes du XVIIè siècle consistait au moins à montrer comment les mots de chaque langue avaient évolué à partir d'une racine hébraïque particulière (la seule, du reste, à entretenir un prétendu rapport "iconique" ou motivé avec la chose signifiée). Ici en revanche, le jeu consiste à montrer qu'à l'intérieur de chaque langue, et avec des mécanismes tout à fait différents, on peut créer des mots composés dont le sens naît de la somme des sens de leurs composantes simples : c'est ce qui se produit dans les langues naturelles lorsqu'on compose des termes comme tourne-vistire-bouchon, parapluie ; ou quand apparaissent des agglutinations de Medoi-lanum en Mi-lano, mais comme - hélas -cela ne s'est jamais produit avec le latin Cadaver. Quand bien même l'étymologie isidorienne de Cadaver serait digne de foi, et quand bien même beffroi aurait l'étymologie que notre auteur lui attribue, ce ne serait nullement la preuve d'un rapport iconique et motivé entre mots simples et réalité signifiée - mais au besoin, du fait que les mots nouvellement forgés sont souvent issus de jeux de mots typiques des rhéteurs de la décadence, et non d'une sagesse populaire instinctive. Que cet aspect ait pu échapper à Maistre ne s'explique que par l'exigence religieuse, et non linguistique, qu'il a de convaincre (presque pédagogiquement) que le langage dit originairement la Vérité."
"Le problème est que, si le langage doit être considéré comme la seule voie qui nous mette en rapport avec le Sacré, toute étymologie devrait être "bonne" et dans toute métaphore, même la plus banale, devrait resplendir une vérité, même dans tournevis."



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