dimanche 22 janvier 2012

PROPOS A PROPOS DE ... DUJARDIN, 18

Téléscopage "déflagrant" chez Dujardin ...
 ... entre deux perspectives antinomiques : 

une objectivité de l'observable historique de terrain (: arpentage descriptif) et une subjectivité extrême, un "délire" interprétatif des noms (toponymes, onomastique), qui va bien au-delà de propositions simplement erratiques, d'hypothèses hasardeuses, improbables, même invérifiables ; cas auquel on resterait dans les frontières de l'examinable, à envisager quitte à le rejeter comme non pertinent. Avec les propositions de Dujardin sur les noms, on passe dans une autre dimension, celle carrément de l' "illisible", c'est-à-dire qu'on ne peut plus accéder à un sens éventuel comme par exemple dans les étymologies d' Isidore de Séville ou les anagrammes de Saussure. La pulvérisation des noms est si complète - relativement cependant aux orientations de déchiffrage - qu'aucune ressource de lecture n'est opérante. Que cela veut-il dire ?
- d'abord, question dérivée : est-ce un phénomène repérable dans une généalogie des rapports entre histoire et langage ? i.d., y a-t-il d'autres exemples d'un tel télescopage ?
- ensuite, dérives sans questions mais tentative d'explication, à partir des outils fournis par :
. le concept de théorie du discours (Benveniste, "Vocabulaire des institutions indo-européennes", "Problèmes de linguistique générale" ; tout Meschonnic) ;
. celui de "poétique", poétique du discours (Meschonnic), poétique de l'image (Didi-Huberman **).
Mais cette "poétique" du discours dujardinesque, c'est à nous de la construire, il faut écrire ce qu'on lit, dans l'interface dynamique auteur/lecteur, reconnaissance qui ne s'applique pas seulement à la fiction mais à tout objet/discours, à l' Histoire aussi, dur à avaler pour ceux qui réifient le passé, pour se l'approprier.
 
**: lorsqu'il s'appuie sur l'exemple de Jean Genet face aux autoportraits de Rembrandt, montrant le passage au-delà des clivages établis visuel vs verbal ; - Genet déclarant : "il rigole, il se marre", Didi-Huberman interprétant : "car dans "rigole" et "marre", il y a aussi la peinture même de Rembrandt, sa touche, son geste pictural qui provoque en effet, sur la toile, des "rigoles" ou des "mares" de pigment ... On regarde donc bien avec des mots, à condition que ces mots composent une poétique, une possibilité d'approcher avec des mots ce territoire de l'image qui échappe au discours." ("L'expérience de l'image", ina éditions, Les entretiens de MédiaMorphoses, Marc Augé, Georges Didi-Huberman, Umberto Eco ; "La condition des images", par Georges Didi-Huberman, entretien avec Frédéric Lambert et François Niney, "Regarder avec des mots", p. 85-87)

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