mercredi 13 juin 2012

PROPOS A PROPOS DE ... DUJARDIN, 21

... "Embrassons-nous, Folleville !"

J'ai trouvé intéressant, non pas de confronter - les deux textes ne sont bien entendu pas du tout du même registre, entre autres - mais de mettre en parallèle le discours de Dujardin dans le contexte de sa polémique (brillamment conduite !) contre Eugène Lefèvre-Pontalis avec l'extrait de l'ouvrage d'Umbero Eco dans lequel celui-ci fait intervenir la notion d' "étymologies fantaisistes". Ceci ne retirant rien à l'intérêt et à la saveur de l'argumentation de Dujardin, ne le discréditant en rien, la question demeurant posée selon moi de donner un statut à son texte, celui-ci restant hors-norme, résistant à toute classification,  inassimilable aux catégories identifiables de l'éventail littéraire dans son maximum d'ouverture entre objectivité (historienne, linguistique, etc.) et subjectivité ("fous du langage").
La seule voie de lecture, à construire, étant, une fois de plus, celle indiquée par la notion de "théorie du discours", établie par E. Benveniste et développée de façon déterminante dans l'ensemble de l'oeuvre de Henri Meschonnic. 

(A) A. Dujardin, "DU RÔLE DES HÔPITAUX, MALADRERIES, MAISONS DU TEMPLE, GÎTES ROYAUX DANS L'ESTAMPOIS", p. 60, 61, 62, 63, 67, 72, 73, 74 :
"Si l'on parcourt la Beauce Aurélianaise, la Beauce Chartraine dont Etampes est un bas fond, l'on est frappé de la quantité de localités à terminaison en ville, entremêlées d'autres à terminaison en cour ; même remarque pour une partie de la Normandie alors que dans le Beauvaisie et le Valois la terminaison en cour y domine. Ces mots ont une attribution à définir.
L'on sait que Rome a toujours regardé la France comme étant la fille aînée de son église, montrant par là qu'en Gaule toutes les dévotions se concentraient sur une fille de Cérès, destinée à produire et à se reproduire ; c'est elle qui était visée dans le mot "ville" joint à un nom local, de foyer domestique ; fille servant dans le hamel, le mesnil, le ménage qu'il s'agissait de rendre prospère en reproduisant. L'on sait que le Villenage est la succession provenant des filles mères ; des serves non mariées et WY LE  JOLI VILLAGE reçut un titre de Notre-Dame. Ne trouve-t-on pas NOTRE-DAME-DE-VILLAMPUY (ville en puy), NOTRE-DAME DE VILLEVILLON, etc. il est une VILLELOUVETTE, une VILLELOUP, mère comme aussi VILLE ROMAIN, VILLE SAINT-OUEN, VILLE COMTALE, VILLECONNIN, etc., et les FOLLEVILLES concluent mariages dans les vaux de ville en VILLE MARÉCHAL, où la fille est ferrée.
Cette attribution de ville se retrouve en VILLE-DIEU, nom de vingt-trois paroisses de France. L'on arrive à cette définition par les conjonctures suivantes tirées de la Saintonge où "la ville" est un écart de MIRAMBEAU que le mire rend beau ; "la Sainte-Ville" est barbi cellum BARBEZIEUX qui armorie : d'or à un écusson d'azur en abîme. L'on sait ce qu'étaient les Villotières et l'Académie apprend que Villeux est couvert de poils. Cet exposé conduit dans le Vexin par la maladrerie d'ARTIES-LA-VILLE, MANTES-LA VILLE et sa ladrerie, L'ETANG LA VILLE, etc. A Auneau est la maladrerie du PETIT SAINCTVILLE ; tous témoignent des services rendus par la ville. Ville étant ainsi identifié reste à définir "villier", nom qui revient aux filles d'aube, pupilles, novices à débuter dans le domaine du seigneur. (...)
La destinée d'un villier est le dégât au contact Domini il se métamorphose alors en erville, exemple DOMERVILLE, MONERVILLE aux abbés de Saint-Denis, ANGERVILLE-LA-GATE, fief de Sainte-Croix et fête de la MAGDELEINE. Et en filant la vilaine donne le villain, le manant.
La désinence "cour", bien que s'appliquant au même sujet que ville est d'emploi plus recherché elle revient aux filles réservées de verte jeunesse dorée telle est la peinture du blason de MIRECOURT. "Cour", mot à extension vise ce qui est reclus, en retenue telle la fille à approcher, à courtiser.
"Cour" est curia une salle à assemblée, à manger, un temple de Mercure, lieu de santé de déesses, dames romaines guérissant par le pouvoir d'Esculape. Damcour, dampna curia, ne dénote-t-il pas une Dame à courtiser. Courville, curia
villa, sur l'Eure arrivant au sanctuaire carnute (chair utérine) comporte-t-il pas les deux genres de femmes et COURCOURONNE ès Corbeil est un tombeau à reliques, de SAINT-GUÉNAULT."
(...) "Essarter veut dire défricher ce qui est à l'état de nature, de forest vierge et ne voit pas ici la désinence "villier", jointive à boter formant BOTVILLIER indiquant une fille un chat à botter."
(...) "Cette lecture faite, le Président dit qu'il avait usé de tolérance en la laissant achever et entrant dans la discussion dit : que ville n'avait pas le sens attribué ici mais qu'il se rattachait à la villa portant le nom d'un chevalier romain, d'un seigneur local, et donnant alors un exemple à l'appui de son dire cita, Trouville, ce qui d'après le dire du Président serait la villa d'un chevalier du nom de Trou. En effet, Trouville est bien un trou où l'embouchure de la Seine. Comme exemple c'était réussi. Citer Chaville (S.-et-O.) eut été moins malséant.
Le Président reprit ensuite, il en est de même pour Cour qui vient de Curtis et non de Curia. Cependant, les textes latins fournissent les deux mots, et tandis que curia a une signification, Curtis est un mot barbare non traduit, ne rimant à rien sauf au Courtil, à essarter, à cultiver, à la fille à courtiser pour. Ces différentes réparties du Président (1), dénotent qu'il n'est pas bien ferré sur la connaissance du passé. Pour diriger et redresser
les travaux des pionniers, il faut avoir la science infuse sur tout le passé des hommes. (...)"
 (1) C'est au pied du mur que l'on connaît l'ouvrier ; c'est sur place, la réplique aidant, que la réalité ou la fausseté d'un système se démontre.
Un maître maçon muni de la règle et de l'équerre détruirait sans peine l'échafaudage des campagnes de construction de Notre-Dame d'Estampes, dû à M. Eug. Lefèvre-Portalis (*), directeur de la Société d'Archéologie fra
nçaise, d'une érudition impeccable. Conférences des Sociétés savantes, 1908, pages 33, 39 et 208." (...) "Cette révélation inattendue des moeurs religieuses d'antan a subi la censure d'un comité de vigilance frappé de la cataracte.
Depuis Galilée la terre tourne, elle montre aujourd'hui son passé." 
 
(* coquille volontaire ou non de Dujardin, s'agissant de Eug. Lefèvre-Pontalis)  
Remarque : ponctuation et syntaxe sont celles de Dujardin.

(B) Umberto Eco, De l'arbre au labyrinthe ; "Le langage de la terre australe" (Le Livre de Poche Biblio esais 3240, p.561) :
"(...) ce projet, bien qu'abondamment dépouillé des connotations mystico-religieuses des siècles passés, avait un autre trait en commun avec la langue parfaite tant convoitée d' Adam. On disait d'Adam qu'il avait donné aux choses des noms justes, le nom que les choses devaient avoir en tant qu'il exprimait leur nature.
Au cours des siècles précédents, et encore au beau milieu des spéculations occultistes, mystérioso-phiques et kabbalistiques du XVIIè siècle (voir à ce sujet, entre tous, Athanasius Kircher), cette adéquation entre noms et choses était envisagée sous forme onomatopéique, ou alors sur la base d'étymologies fantaisistes. Il suffit de citer, pour donner le ton de ces recherches, Estienne Guichard (L'harmonie étymologique des langues, 1606), qui cherche à démontrer comment on est arrivé, à partir du batar hébraïque, au synonyme latin dividere. Par inversion, on obtient tabar, de tabar on passe au latin tribus, donc à distributio, donc à dividere. Zacen signifie "vieux"; en transposant les radicaux, on obtient zanec, d'où senex en latin ; mais par une mutation successive de lettres, on obtient cazen, d'où casnar en langue osque, d'où dériverait le latin canus."
 

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