OBJETS "NATURELS" OU "CULTURELS" ?
DE FAUX DÉBATS EN VRAIES INTERROGATIONS ...
... genre, "la Nature elle-même sculpte des chefs-d'oeuvre !", comme lorsque la famille Fenouillard découvrait en pleine admiration naïve lors de leurs premiers voyages, toutes affaires cessées, les paysages à l'époque des premières villégiatures 'campagne - mer ou montagne'.
Sous entendu dans l'opinion, méfiance essentiellement à l'égard des artistes, ceux du moins qui "s'écartent de la nature" ; non qu'il s'agisse pour la bourgeoisie du XIXè siècle de respecter celle-ci mais, bien plutôt et sous couvert d'idéalisation, de la constituer en son domaine réservé d'exploitation et d'instrumentalisation. Qui par exemple, en promenade à travers les chaos rocheux de la forêt de Fontainebleau, n'a pas entendu, échos proches ou lointains, s'exclamer devant "l'énigme de ces étranges rochers", ces "blocs de pierre aux étranges conformations", sortes de Carnac ou de Stonehenge naturels, et leurs étonnantes ressemblances avec animaux ou édifications traditionnellement réputées édifiantes ? L'intervention humaine dès la Préhistoire aurait-elle été pour quelque chose, y ayant mis la main après les pieds ...?
D'un autre côté, en ville cette fois, qui n'a pas été impatienté par de oiseuses considérations ne témoignant que d'une ignorante prétentieuse devant les peintures de Picasso entre autres - c'est le cas emblématique, mais tout l'art dit "moderne" est mis dans le même sac -, genre "un enfant pourrait faire pareil !" ; ce qui en dit long sur ce qui apparaît comme "enfantillages" aux yeux de ceux qui s'attribuent hégémoniquement le regard "adulte" de la raison et du bon sens.
D'une manière plus générale, il est notoire que l'on trouve depuis l'époque romaine au moins de ces "cabinets de curiosités", collectes aléatoires ou différemment organisées d'objets naturels, d'ordre végétal, minéral, animal, déjà fossilisés ou même plus tard capturés vivants et conservés à l'alcool dans des séries de récipients ad hoc.
Mais - autre enjambement réflexif, prenez la lorgnette par le bout que vous voulez - quel peut donc être de nos jours le statut d'images comme celles que je propose ci-après ? Maintenant que le point de vue de l'observateur, pris en compte depuis la théorie de la relativité jusqu'à la psychanalyse et les sciences sociales, a bousculé et même bouleversé la classique dichotomie dualiste des phénomènes 'objectifs' vs 'subjectifs', ouvrant ainsi un véritable boulevard à l'incertitude voire à la confusion du savoir et des valeurs.
Si je dis qu'elles "évoquent" pour moi - détenteur de "circuits croisés" et promoteur d'images "déroutantes", dixit d'aimables relations - certaines formes de l'art ancien d'Afghanistan, de Mésopotamie ou d'autres régions d'Asie centrale, en quoi est-ce que ces rapprochements improbables peuvent aller au-delà des jugements mentionnés précédemment qui opposaient phénomènes d'ordre "naturel" et ouvrages d'ordre "culturel", et, plus avant, que faire de l'interpénétration actuelle, devenue majoritaire, de l'objectif et du subjectif, qui va jusqu'à invalider chacune de ces notions en tant que qu'entité "claire et distincte" ?
En d'autres termes, interrogation personnelle sur mon propre geste lorsque je saisis un objet et le transforme, le transfigure, le métamorphose, le travestis en autre chose, par un déplacement peu sensible (: une écorce de platane présentée en un profil stylisé mais dont on perçoit toujours l'"origine") ou rendant inidentifiable (: voir mes "Dragons du fleuve" pour lesquels je pouvais mettre au défi quiconque de reconnaître, avant de l'indiquer, le reflet inversé du pont ferroviaire de la Mulatière, d'abord filmé à Lyon du haut du quai J. J. Rousseau, puis séquencé et "trafiqué" à l'ordinateur). De telles "forgeries" (*) - j'aime bien ce terme, qui évoque le travail de force du forgeron, et fait partie du champ sémantique, ici élargi à quelques langues, de 'copies', 'fake', 'contrefaçons', 'counterfeit', 'plagiarism, 'falsificación', etc., avec des domaines d'applications et des connotations variées - peuvent relever d'une tendance voire d'une perversion constitutive de mon esprit (dé) formé (par quoi ? - la génétique, la culture ou les deux ...), mais il me semble plus intéressant de voir posées à travers elles toute une série de questions passionnantes sur la représentation et ses rapports avec les notions de "réalité" ; questions dont les tenants et aboutissants font intervenir l'ensemble des savoirs et ont des ancrages philosophiques et idéologiques.
Seuls s'en soucieront ceux pour qui même les pâquerettes ont une aura et ne les piétinent, forcément, qu'avec scrupules ...
(* : cf Picasso : "Les bons artistes copient, les grands artistes volent" ; et : "Some artists have even accepted copies as their own work - Picasso once said that he "would sign a very good forgery" (Wikipedia)



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