samedi 16 juin 2012

PROPOS A PROPOS DE ... DUJARDIN, 22

En quoi Dujardin ignorait sa propre modernité ...
... mais en quoi également il n'aurait pas été lui-même ni écrit ce qu'il a écrit si sa situation - au sens culturel du terme, son positionnement revendiqué dans le champ de l'histoire - avait été différente. Ce qui fait que son texte, à travers toutes les questions qu'il pose, son étrangeté, ses incongruités, sa nature rétrograde - à rebours de l'historiographie de son temps -, ses impossibilités onomastiques, ses obscurités, ses affirmations sans fondements, se pose comme véritable objet littéraire, "forme-sens" (Meschonnic) à prendre comme telle, sans le rapporter à une discipline (historique), à un domaine de savoir étranger à toute "poétique" (à nouveau au sens de Meschonnic), sans le passer au crible d'un découpage didactique selon les normes des "sciences humaines" (entre autres), ce qui ne peut aboutir qu'à une non-lecture. 
Ce qui ne signifie pas une pure gratuité, à quoi il est d'ailleurs la plupart du temps de mise de ravaler la littérature, la "poésie" en particulier (dont on fait le cas extrême du superflu, de l'ornemental). 
Si le texte de Dujardin reste à lire, c'est en se donnant les moyens de reconnaître, d'identifier sa nature, donc sa richesse, avec toutes les ressources d'une pleine et entière historicité. 

Foucault, Raymond Roussel, p. 148 :
"Dans Comment j'ai écrit certains de mes livres, une phrase est d'un poids singulier : "Je fus conduit à prendre une phrase quelconque dont je tirais des images en la disloquant, un peu comme s'il se fût agit d'en extraire des dessins de rébus." C'est-à-dire que le langage est ruiné pour que ses blocs épars figurent des images-mots, des images porteuses d'un langage qu'elles parlent et cachent à la fois, de manière qu'un second discours en naisse."

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire